3 Mars 1875- Un véritable triomphe

« Célestine, viens vite, viens lire avec moi, c’est tellement magnifique !

Georges Bizet est heureux. Devant lui, s’étalent les coupures de presse qu’il vient de découper. Il a eu tellement peur. Cette première était un coup de «Quitte ou Double ». Ça passait au ça cassait.

Il se doutait bien de la teneur des critiques de ce matin, vu le triomphe que la troupe a reçu hier soir pour la première de Carmen.

— La salle enthousiaste a applaudi le compositeur pendant vingt minutes sans interruption, lit-il à haute voix. Un engouement bien mérité qui honore la France et place l’opéra français à une hauteur jamais atteinte jusque là. Tu te rends compte ?

— Vingt minutes ? demande Célestine, moi, je dirais plutôt trente. Je suis sortie et revenue sur la scène au moins vingt fois. Dans ma loge, j’ai dénombré pas moins de cent vingt-deux bouquets de fleurs, sans compter les roses rouges solitaires.

— Pourtant, tout était mal engagé, tu te souviens ?

— Oui, tu ne trouvais pas de cantatrice disponible pour le rôle-titre. Lorsque tu me l’as proposé…

— Tu as dit oui tout de suite, c’est magnifique !

— Je peux t’avouer quelque chose maintenant, Georges ?

— Oui, bien sûr, qu’as-tu donc de si secret ?

— Je ne l’avais même pas lu. Sachant que c’était toi, j’ai accepté sans lire !

— Quelle affaire, tu as tellement le rôle dans la peau que je croyais que tu l’avais lu et relu…

—As-tu des nouvelles de Camille* ? Il était ravi hier soir, son théâtre était plein, la recette a été mirifique et ce matin, les critiques sont on ne peut plus élogieuses.

—Non, il est trop tôt, je n’ai pas encore de nouvelles. Mais je pense que nous allons pouvoir donner Carmen au moins deux cents fois.

—Et ce sera complet tous les soirs !!

—Espérons-le.

— Veux tu un café ? je vais en faire pour moi.

—Oui, je veux bien, pas trop fort, hein ? Tu me connais… Tu sais que j’ai eu peur pour la fin. Mon tricot de peau était trempé tellement je transpirais.

—Je sais bien, tu me l’avais dit avant le début de la représentation. Le public a l’habitude d’une fin joyeuse, heureuse et pleine d’espoir.

—Ah oui, rigole Bizet, pour ça, ils ont été servis. Une fin avec un assassinat. Au moment où tu hurles « non, je ne t’aime plus », Don José se jette sur toi et te transperce de ses couteaux. Aucun espoir. Il y avait de quoi plomber la salle, habituée aux fins heureuses !

—Je regardais la salle depuis la scène. Le public était déjà debout, comme à la corrida !!! Les premières fleurs ont commencé à pleuvoir à ce moment-là !

—J’ai vu. Deloffre** avait du mal à tenir son orchestre. A un moment, j’ai eu l’impression qu’ils ne pourraient pas jouer le final !

—Mais ils s’en sont bien tiré. J’entendais ça depuis le sol !

—Voilà. Tiens, lis donc l’article du Figaro : « Georges Bizet réinvente l’opéra.» On peut y lire : « Il y aura deux époques dans l’histoire de l’opéra : un avant Carmen et un après Carmen, tellement la différence est grande. Bizet a créé hier soir quelque chose de tout à fait nouveau, un véritable séisme dans l’histoire mondiale de l’opéra dont on avait besoin depuis la mort de Mozart. »

—Tu es le plus grand, mon Georges. J’ai toujours cru en toi. Viens et embrasse-moi. Et si tu ne m’aimes pas, je t’aime. Et si je t’aime….

—Je sais : Prends garde à toi !!! »

Uchronie – Camen de Bizet a été créé à l’Opéra Comique de Paris le 3 Mars 1875. La première a été une véritable catastrophe à tous les sens du terme. Si les deux premiers actes ont été à peu près applaudis, les deux suivants se sont déroulés dans un silence glacial. L’orchestre n’arrivait pas à suivre, Célestine Galli-Marié, mezzo-soprano qui jouait Carmen avait du mal à être à la hauteur. Carmen a été joué quarante-huit fois. Bizet ne s’est jamais remis de cette humiliation. Il est mort trois mois plus tard d’une attaque cardiaque, à trente-six ans.)

* Camile du Locle, directeur de l’Opéra Comique de Paris

** Adolphe Deloffre avait la baguette de chef d’orchestre ce soir-là. Carmen est la dernière pièce qu’il a dirigée. Il est mort neuf mois plus tard.


Tous les textes de Mars sont accessibles sur « Chaque jour a son histoire – Mars ». 

2 Mars 1991- Bodyguard

 

Chère Jane,

C’était peu de temps après la mort de Serge. Au mois de mai. Un dimanche.

Depuis la veille, mon fils était patraque, pas bien, fiévreux, mais rien n’était déclenché. Une mauvaise nuit, et, au matin, une forte fièvre avec toux. Une toux sèche, violente qui semblait lui arracher la gorge. Le début d’une trachéite chronique qu’il a ensuite trainée pendant des années.

SOS Médecin. Consultation, médicaments, cortisone. A aller chercher immédiatement. Nous demandons l’adresse de la pharmacie de garde en téléphonant au commissariat de police. Cabourg, rue de la mer. Ça va, ce n’est pas trop loin. Je prends la voiture et je file, direction la côte.

C’est en arrivant devant la pharmacie que je vous ai vue. Vous attendiez, appuyée contre le mur. Vous aviez l’air sonnée vous aussi. Comme c’était un dimanche, les rideaux de la pharmacie étaient fermés et les clients étaient servis sur le trottoir, à travers une petite fenêtre que la pharmacienne ouvrait et fermait régulièrement. Vous étiez devant moi, hagarde, sûrement pas douchée, à peine éveillée, et vous attendiez que la pharmacienne ouvre à nouveau sa meurtrière. Il faisait assez froid, je me souviens, vous vous blottissiez dans votre manteau fourré en remontant votre col. Je voyais que vous n’étiez pas dans votre assiette et j’avais envie de respecter votre état d’esprit. La discrétion était de mise.

Mais les touristes commençaient à se promener dans la rue de la mer qui donne directement sur le Grand Hôtel. Et ils vous reconnaissaient. Et je voyais bien que vous n’aviez qu’une envie : éviter les gens, pas envie de parler ou de sourire. Sur notre gauche, un petit attroupement avait commencé à se former. Et j’entendais :

« C’est Jane  Birkin !

— Oui, tu as vu, elle a une sale tête.

— Ben, Serge est mort depuis deux mois, elle doit pas être bien.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai eu envie que tout le monde respecte votre douleur, votre chagrin et votre besoin de solitude. Alors, je me suis placé entre ce groupe de personnes et vous, vous offrant ainsi une sorte de protection.

Et je crois que les passants ont cru que j’étais votre garde du corps. Certains tentaient d’avancer. Je tendais alors mon bras pour faire barrage.

— C’est bien Jane Birkin ? me demanda une dame en me posant la main sur l’épaule.

— Oui, c’est bien elle, répondis-je.

Elle me tendit un papier et un stylo.

— Vous croyez que…

— Non, elle ne veut pas être dérangée.

— Je comprends, Monsieur, vous lui direz que…

— Oui, Madame, je lui dirai.

Qu’est-ce que j’en savais moi, que vous ne vouliez pas être dérangée ? Pourquoi ai-je revêtu l’espace d’un instant cet habit de sauveur, de protecteur ? Vous ne m’aviez rien demandé. Vous ne m’aviez sans doute même pas remarqué. Je me demande toujours ce qui m’a pris ! Peut-être votre regard perdu dans les nuages, votre visage marqué par la fatigue ?

La fenêtre s’est alors rouverte et la pharmacienne vous a parlé. Vous deviez attendre un peu, le temps que votre commande soit prête. La préparatrice m’appela et je lui tendis mon ordonnance.

— Votre petite garçon est malade ? m’avez-vous demandé.

— Oui, une trachéite. C’est impressionnant, mais je pense que ce n’est pas vraiment grave.

—  C’est toujours embêtant les enfants malades…

Vous étiez en train de fouiller dans votre sac pour chercher votre chéquier lorsque la pharmacienne a à nouveau ouvert sa fenêtre. Elle vous a tendu un papier et un stylo.

— Pouvez-vous me signer un autographe Madame Birkin, s’il vous plait ?

Je l’aurais bouffée. J’ai trouvé cette demande déplacée, outrageuse, odieuse. Vous étiez à l’abri de la foule et des trente personnes qui attendaient derrière moi et elle, profitait de sa position privilégiée pour vous extorquer avec indécence une malheureuse signature.

— Bien sûr, avez-vous répondu en agrémentant la dédicace d’un pauvre sourire venu d’on ne sait où. Ce qu’il a dû être difficile à sortir ce sourire que je voyais seulement d’apparence, car visiblement, votre cœur n’avait pas envie de sourire.

Pas à pas, la petite troupe de curieux s’approchait de nous. Je me suis carrément intercalé entre elle et moi et je me suis retourné.

— Fichez-lui la paix, ai-je crié à la populace curieuse. Laissez-nous tranquille.

C‘était quoi ce « nous » dans ma bouche ? Pourquoi ai-je eu le besoin de m’associer à vous dans cette demande de tranquillité ? Je ne sais pas. En tout cas, je m’en souviens parfaitement. Vous vous êtes tournée vers moi, vous m’avez souri et vous m’avez dit :

— Merci beaucoup, vous êtes gentille. Mais ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude.

La pharmacienne est arrivée avec nos deux commandes. Elle a passé la tête à travers son guichet

— Monsieur Bassetti.

— Madame Birkin était avant moi.

— Non, ne vous en faites pas, m’avez-vous répondu, vous avez une petite garçon qui est malade, dépêchez-vous de prendre ses médicamentes et rentrez vite le soigner.

— Vous êtes certaine ?

— Oui, bien sûr. J’ai toute mon temps, ne vous en faites pas.

J’ai récupéré les médicaments de mon fiston, j’ai payé et je vous ai laissé la place devant le guichet entrouvert.

— Au revoir, vous ai-je dit en quittant la pharmacie.

— Au revoir, et merci !

J’ai quitté la pharmacie pour rejoindre ma voiture. En avançant sur le trottoir, j’entendis soudain un monsieur dire à sa femme :

— Son garde du corps, s’en va, on peut y aller maintenant, tu crois ? »

Je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite. Avez-vous été assaillie par la trentaine de personnes qui attendaient ? Avez-vous signé vingt autographes en souriant ? Avez-vous pu rejoindre votre voiture tranquillement ? Aucune idée.

En tout cas, je garderai toujours au fond de moi le fait que j’ai été le garde du corps de Jane Birkin. Pendant dix minutes ! Je pourrai mettre ça sur mon CV !

Histoire vraie – Serge Gainsbourg est mort à Paris le 2 Mars 1991.


Tous les textes de Mars sont accessibles sur « Chaque jour a son histoire – Mars ». 

1er Mars – La journée du sourire

 

En cherchant des informations sur la journée du sourire du 1er mars, je suis tombé sur une page américaine. J’ai utilisé un traducteur en ligne pour comprendre plus rapidement. Le résultat est ce que vous allez lire ci-dessous. J’ai trouvé que pour donner le sourire, il était inutile d’en rajouter. Moi, ça m’a fait sourire. Et vous ?

 

 

1er mars est l’hôte d’un jour férié peu connu que nous aimerions voir plus de gens célébrer. C’est Partager A Day Smile, un temps de répandre la joie à travers le simple fait d’afficher votre large sourire.

Nous ne connaissons pas l’origine de partager une journée sourire, mais nous pensons que c’est une bonne cause. C’est à l’occasion avec un but simple: rendre les gens heureux.

Partagez votre sourire

Vous voulez participer à partager une journée Smile? Tout ce que vous avez à faire, c’est le sourire. Offrir un grand amical sourire à la famille, amis, collègues du travail et tout le monde vous rencontrer. Les chances sont bonnes que vous aurez un sourire heureux en retour.

Certaines personnes ne peuvent pas être utilisés pour recevoir des sourires d’inconnus. C’est quelque chose que nous pouvons changer. Si nous prenons tous un moment pour me contente de sourire, et même lui dire bonjour, l’art de sourire deviendra un peu plus fréquent.

Donne Un Sourire

Vous pouvez partager votre sourire, et vous pouvez aussi aider en lumière le visage de quelqu’un d’autre. 1er mars est une occasion parfaite.

Appelez un vieil ami, écrire une lettre à quelqu’un ou même laisser un gentil commentaire sur la page Facebook de quelqu’un. Il ne faut pas beaucoup pour donner un sourire. Laissez quelqu’un que vous aimez à propos de savoir que vous pensez à eux. Tendez la main à quelqu’un que vous n’avez pas vu depuis un moment et leur donner une raison de faisceau.

Sourire Est santé

Sourire n’est pas seulement amusant, il a aussi sain. Un bon sourire peut améliorer votre humeur et de remonter le moral de ceux qui vous entourent. Il a aussi quelques avantages réels pour la santé.

Les médecins et les scientifiques ont étudié les effets de sourire. Ils ont déterminé que cela peut aider à abaisser la pression artérielle et le stress. Sourire pouvez également améliorer votre système immunitaire. Lorsque vous réécrivez vos blancs nacrés, votre corps produit de la sérotonine et apporte un peu de joie à votre vie.

Pourquoi attendre?

1er mars est la Journée « Partager Un Sourire », mais vous n’avez pas à attendre. Chaque jour est un bon moment pour un grand sourire. Répandre le bonheur et la joie de la manière la plus simple possible. Partagez vos blancs nacrés toute l’année.

 Avez-vous une histoire amusante qui est sûr de mettre un sourire sur le visage de quelqu’un?

 

Chaque jour … : Foire aux Prix Coûtants

Au mois de décembre, j’ai créé, avec l’aide d’une amie qui m’a guidé, de nouveaux visuels pour la série Chaque jour.

Et pour répondre aux demandes toujours plus nombreuses des lecteurs, j’ai acheté mes propres livres, avec les nouvelles couvertures (qui plaisaient beaucoup, soit dit en passant).

Mais j’ai fait cette commande, sans avoir fini d’écouler les stocks des anciennes couvertures.

Il me reste donc un petit nombre de livres dont je souhaite me débarrasser.

Je les brade donc à prix coûtant, soit 3 euros le livre (+ les frais de port).

Dédicace incluse, si vous le souhaitez !

Commandez-en autant que vous voulez, jusqu’à épuisement des stocks.

Dans ma Petite boutique de livres, vous trouverez des boutons « Ancienne couverture » pour chaque livre.

Pour y accéder directement, voici les liens qui vous permettront de les commander :

Et si vous pensez que je peux vous donner les livres directement, de la main à la main (sans expédition), écrivez rosalie dans la case « Code promo » et vous n’aurez pas de frais de port à payer. Pratique non ???

28 février 1935 – Un acronyme célèbre

 

Ils étaient cinq chimistes à travailler à l’usine DuPont de Nemours, à Wilmington dans le Delaware.

Dirigés par leur directeur de laboratoire Wallace Carothers, ils travaillent depuis longtemps à la création d’un fil nouveau et entièrement synthétique. Rien de naturel là-dedans, uniquement du chimique. Depuis quelques mois, les ingénieurs savent que la découverte est proche. Les essais sont de plus en plus concluants. Ils se relaient au laboratoire nuit et jour , œuvrant sans relâche à ce qui sera la découverte du siècle, ils en sont persuadés. Délaissant leurs épouses, ils restent chercher, et chercher encore jusqu’à des heures avancées de la nuit.

Et enfin, le 28 février 1935, la fibre est isolée. Elle s’obtient par polycondensation à chaud d’une molécule possédant deux fonctions acide carboxylique et d’une molécule avec deux fonctions amine.

Ce sera une révolution. Le prix Nobel est peut-être au bout de cette découverte.

Afin de populariser cette nouvelle matière, il faut lui trouver un nom. C’est un comité de trois membres qui se met autour d’une table en 1938 pour chercher un nom facile à retenir. Le Docteur E.K.Gladding qui préside cette commission propose d’abord  norun (pour no run, soit « ne s’effile pas »). Pour éviter un risque de publicité mensongère, le terme doit être changé en Nuron, qui rime avec Rayon ou coton.

Enfin, tout le monde réussit à se mettre d’accord. Pour rendre hommage aux épouses délaissées des cinq chercheurs qui ont passé leurs nuits à mettre au point cette nouvelle fibre, on donnera au produit un nom formé par les initiales des prénoms des cinq femmes. Elles s’appelaient Nancy, Yvonne, Louella, Olivia et Nina.

Le NYLON était né.

Imaginez une seule seconde qu’elles se soient appelées Brigit, Irina, Tania, Carol et Helen..

Ou encore Wendy, Helen, Olivia, Rachel et Esther.

Ou encore Patricia, Ursulla, Sandy, Sarah et Yvonne…

Je pense qu’on aurait trouvé une autre solution que les prénoms des épouses.

 

Le nylon a été mis au point par Wallace Carothers et son équipe, travaillant chez DuPont de Nemours à Wilmington le 28 février 1935. Le premier article en nylon a été commercialisé en 1938. C’était une brosse à dents. Wallace Carothers s’est suicidé en 1937. À noter que nylon est un acronyme, et non une marque. Il ne nécessite donc pas de majuscule pour l’écrire.

 

27 février 1925 – Une invention capitale

 

On a souvent donné aux objets usuels le nom de leur inventeur. Guillotin nous a laissé la guillotine, Poubelle la poubelle, Diesel le moteur qui porte son nom, Rubick le Rubick’s cube et Montgolfier la montgolfière. Les noms des inventeurs sont tombés dans le domaine public.

Mais connaissez-vous le Bjørklund ?

Non ? Mais si, réfléchissez, voyons ! Thor Bjørklund est un inventeur célèbre quand même.

Allez donc vous promener en Norvège, et prononcez son nom (enfin, essayez de le prononcer pour commencer), tout le monde saura de quoi vous parlez. Chaque foyer norvégien possède un Bjørklund , voire deux ou trois. C’est vital. On se demande bien comment on ferait si on n’en possédait pas.

Voyons l’engin, et surtout la genèse de cette invention capitale pour l’humanité.

Nous sommes dans la première moitié du vingtième siècle, entre les deux guerres pour être plus précis.

Thor Bjørklund a une formation de charpentier, puis il devient ébéniste. Il habite près de Lillehammer et chaque jour, il part sur les chantiers avec sa gamelle.

« Grunnhilde, dit-il à sa femme, tu penses à mon repas de demain midi, s’il te plait ?

Thor n’est pas cuisinier pour un sou. Grunnhilde non plus d’ailleurs. Chaque jour, pour son repas de midi, elle lui prépare des brødskivers dans son matpakke. Des sortes de sandwiches, avec du jambon, une saucisse, au choix, et surtout, des fines lamelles de brunøst, ce fromage brun typique des côtes norvégiennes.

Chaque soir Brunnehilde prépare les brødskivers de son mari. Chaque midi il les déballe de son panier, et chaque jour, il râle.

– Sacrée bon sang de bonsoir de Brunnehilde. Incapable de couper des tranches fines de brunøst. Merde alørs ! Ça va barder ce soir quand je vais rentrer à la maisøn !

Et chaque soir, lorsqu’il rentre, il passe un savøn à son épouse.

– C’est quand même incroyable, tous les jours je te le dis, et tous les jours tu recommences. Tu es donc incapable de couper des tranches fines ? Bon sang de bon D. de M… C’est quand même pas compliqué de couper fin.

– Si, c’est compliqué. Je m’applique tous les jours pour que tu sois satisfait, je transpire à grosses gouttes, je sue sang et eau chaque soir pour te couper des tranches fines, de plus en plus fines, et toi, tu n’es jamais content ! Crøtte de bique à la fin, explose Brunnehilde.

– Mais couper fin, c’est à la portée du premier imbécile venu. Regarde, moi, tous les jours, je taille des copeaux de bois beaucoup plus fins que tes tranches de fromage.

– Et avec quoi tu les fais tes copeaux fins, Monsieur je sais tout ?

– Avec mon rabot, évidemment, avec quoi veux-tu ?

Brunnehilde marque un temps d’arrêt.

– Hé bien, puisque tu es si malin, Monsieur l’ébéniste, tu n’as qu’à faire un rabot à brunost. Comme ça, tes tranches de fromage seront de l’épaisseur de tes magnifiques copeaux de bois.  En attendant, moi je vais me coucher. Et ne t’avise pas de me toucher, je suis pas d’humeur, et j’ai mal à la tête. Bonne nuit.

Brunnehilde monte se coucher. Thor reste en bas, tout seul. Son repas du lendemain n’est pas prêt. Il commence par se servir un petit verre d’Akvavit, puis deux, puis trois.

Consciencieusement, il se coupe deux tranches de pain qu’il taille en triangles, découpe une fine lamelle de jambon cru à l’aide du long couteau à viande. Au moment de passer à la découpe du fromage, Thor a une hésitation. Il prend un petit verre d’Akvavit pour se donner du courage et se dirige vers sa sacoche à outils posée dans l’entrée. Il défait les lanières de cuir, ouvre le sac de toile et se saisit de son rabot. Il le règle au plus fin possible et se dirige à pas lents vers le brunost posé sur la table. D’un geste habile et professionnel, il fait glisser l’outil sur le fromage.

Alléluia ! Il vient de couper une tranche d’un demi-millimètre d’épaisseur. Délicatement, il la saisit du bout des doigts en faisant bien attention de ne pas la casser, tellement elle est fine, et la porte à sa bouche. Fondant, léger, délicieux, en un mot : parfait !

Il coupe une nouvelle tranche, la place sur une assiette, et monte la porter à sa femme.

– Voilà, Bunnehilde, ce que j’appelle une tranche de brunost correcte ! (ce qu’il peut être désagréable avec sa femme, ce type, c’est incroyable). Je l’ai faite avec mon rabot.

– Lequel ? demande-t-elle.

– Le gros, celui de mon boulot.

– Alors ne compte pas sur moi pour utiliser un engin pareil dans ma cuisine. Si tu veux que je te fasse des belles tranches, fabrique-moi un rabot à fromage, un rabot spécial.

Et voilà, l’affaire était lancée.

Dès le lendemain, Thor Bjørklund se met au travail, et en un mois à peine, le premier rabot à fromage est lancé. Un prototype d’abord, vite amélioré, puis Thor se décide à déposer le brevet.

– Comment vais-je l’appeler ce rabot, demande-t-il à Brunnehilde.

– Le rabot à fromage de Thor Bjørklund, répond-elle.

– Pas possible, ça ne rentre pas dans les cases du formulaire de dépôt de nom, rétorque Thor (qui avait raison d’ailleurs).

– Alors, appelle le le Bjørklund, tout simplement. »

 

Histoire vraie – Le 27 février 1925, le charpentier Thor Bjørklund dépose le brevet du rabot à fromage qui porte aujourd’hui son nom. En 1927, il devient chef d’entreprise après avoir créé la Thor Bjørklund & Sønner AS. Près de deux millions de Bjørklund sont fabriqués chaque année. Depuis sa création, la société a fabriqué plus de soixante millions de Bjørklund. Thor Bjørklund est décédé le 8 décembre 1975, laissant derrière lui un outil utilisé quotidiennement par des millions de personnes. Un bienfaiteur de l’humanité.


Je possède chez moi 4 exemplaires papier de « Chaque jour a son histoire – Février » avec l’ancienne couverture. Les textes sont le mêmes, mais la couverture est différente de celle qui est actuellement en place.

Ces 4 exemplaires, je les donne aux 4 premiers qui les commanderont sur mon site.

Si ces livres ne me rapporteront rien, je ne souhaite pas non plus qu’ils me coûtent quoi que ce soit.

Je laisse donc les frais de port à votre charge, soit 4 euros.

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Profitez-en !!!

Chaque jour a son histoire : Février (Ancienne couverture)

 

 

26 février 1802 – Le bien nommé

 

Au hasard d’une rue, au flanc d’une voiture
Je vis une inscription qui avait fière allure.
En lettres argentées sur un fond étoilé
Était écrit en gras : Victor Hugo, Plombier.

L’artisan était là, près de son véhicule,
Énorme, bedonnant, on aurait dit Hercule.
Il déchargeait son coffre. Les tubes et les tuyaux
Allaient rejoindre au sol les clés et les marteaux.

Étonné par le nom du roi du lavabo
Je m’approchai de lui, et lui dis tout de go
« Vous avez de la chance d’être si bien nommé,
Un nom comme celui-là, mon Dieu, quelle destinée !

– Ce n’est pas de la chance, répondit le plombier,
Voilà plus de  vingt ans que je suis installé.
D’ailleurs je suis né là, au coin de cette rue,
Il est normal Monsieur, que mon nom soit connu. »

 

Mon père racontait souvent cette blague. J’ai pris plaisir à la retranscrire en alexandrins, pour fêter l’anniversaire de Victor Hugo, né le 26 Février 1802 à Besançon. Victor Hugo, l’écrivain, pas le plombier.

 

25 février 1922 – Un si gentil monsieur

 

Anna est à la gare, attablée non loin du comptoir de zinc. Elle est amoureuse, enfin ! Elle a trouvé l’homme de sa vie, du moins le pense-t-elle.

Voilà plus de six mois qu’ils se fréquentent et la vie est belle, rose, agréable et fleurie.  Certes, il a quelques années de plus qu’elle, mais il a de la tenue et du savoir-vivre. Il est prévenant, toujours à l’écoute de ses demandes. Ils ont eu peu de fois l’occasion de profiter de moments de douceur, mais elle sait que cela va venir, durant cette froide journée de décembre qu’ils vont passer ensemble. Lendemain de Noël, seuls, tous les deux dans une petite maison de Seine et Oise, à l’abri de regards. Peut-être vont-ils faire l’amour. Cela fait si longtemps ! Elle sait qu’elle va céder si ses avances se font pressantes.

« Restez donc ici finir votre chocolat pendant que je vais chercher les billets de train. Je reviens immédiatement.

Voilà ce qu’il lui a dit, il y a cinq minutes.

De la place où elle se trouve, elle l’aperçoit, au guichet, en train de faire la queue, son chapeau melon sur la tête et son costume noir, strict mais élégant. Voilà qu’il se retourne et la salue de loin. Quelle classe ! Et puis ce petit collier de barbe qui illumine son visage lui va si bien. Bon, il est plutôt petit, plus petit qu’elle, mais doit-on s’arrêter à pareils détails quand on cherche un mari ?

Anna se remémore les événements qui ont précédé ce départ en lune de miel.

Tout a commencé au mois de mai.

Avant de rejoindre son travail, elle lit les informations du jour. C’est une habitude chez elle. Chaque matin, une fois sa toilette faite et pendant que le café coule, elle descend les trois étages de son immeuble et se rend au kiosque du coin de la rue. Là, elle achète « Le journal ». Après avoir échangé quelques banalités avec le marchand de journaux, elle remonte chez elle. Le café est prêt. Un grand bol, deux sucres, une lampée de lait pour éclaircir le café noir et une tartine de pain juste frottée avec le moins de beurre possible.

C’est que les temps sont durs. Les hommes sont à la guerre. Beaucoup sont à Verdun où se déroule depuis des mois ce que tout le monde espère être la dernière bataille contre les allemands, la bataille décisive. Déjà trois mois que ça dure et rien ne laisse espérer la fin. Alors les femmes sont au travail pour faire tourner la machine économique française. Anna ne fait pas exception à la règle. Elle est secrétaire dactylo dans une compagnie d’assurances. Quarante-cinq ans, veuve, c’est une belle femme brune aux traits fins et gracieux. Elle est élégante, toujours habillée avec distinction et délicatement parfumée, sans excès. Son chef de bureau lui fait un peu de l’œil, mais elle ne veut pas le voir, pas le savoir. Il est beaucoup plus vieux qu’elle, sinistre, sans gaieté et sans joie de vivre apparente. Elle possède une petite fortune personnelle et maintenant, aimerait bien trouver un homme avec qui partager son quotidien.

Alors, chaque jour, après s’être tenue informée des nouvelles du front, elle regarde les petites annonces. Elle a déjà répondu à trois propositions, mais sans suite. Deux hommes qui, visiblement recherchaient un cinq à sept pour agrémenter et réchauffer leurs soirées d’hiver et un sans intérêt, petit chef de bureau comme celui qui tourne autour d’elle dix heures par jour.

Anna trempe sa tartine dans le café au lait, mouille son doigt d’un geste habituel, et tourne la page du journal. Son œil balaie rapidement la page à la recherche de ce qu’elle sait trouver là. Le titre accroche son regard : « Annonces matrimoniales ». C’est là qu’elle veut arriver. D’un œil habitué à la lecture rapide, elle survole la page. Elle sait ce qu’elle cherche et ne s’attarde pas sur les annonces de la page. Sans intérêt. Elle s’apprête à renoncer et à jeter un œil sur la page des sports, lorsque son regard revient en arrière et s’arrête sur une annonce en bas de colonne centrale. « Monsieur sérieux, ayant petit capital, désire épouser veuve ou femme incomprise, entre 35 et 45 ans, bien sous tous rapports, situation en rapport. »

« Monsieur sérieux. Épouser. Il a écrit « Epouser » !!! Visiblement, ce n’est pas un de ces hommes à la recherche d’une femme pour passer un bon moment. Du moins en apparence.

Fébrilement, elle note les coordonnées de l’annonce. Elle répondra dans la journée, si elle a un peu de temps.

Plusieurs rencontres dans Paris. Il est venu une fois la chercher rue Lafayette, à la sortie de son travail. Il l’attendait un peu plus bas dans la rue. Et puis des cafés, des chocolats, des fleurs. Ah, il sait y faire le bougre ! Elle qui pensait ne jamais retomber amoureuse, elle est bien prise dans le filet de ce Monsieur Dupont. Il a promis qu’il l’épouserait. Anna Dupont. Pourquoi pas ?

Anna souffle sur son chocolat encore trop chaud. Elle regarde vers le guichet. C’est son tour, c’est à lui d’acheter les billets. Les billets du paradis, les billets d’un séjour inoubliable, brûlant de complicité et d’amour. Elle se voit déjà tout raconter à sa jeune sœur, au retour !

Monsieur Dupont retire son chapeau, se baisse pour que sa voix passe bien à travers la vitre du guichet.

«  Monsieur ? lui demande l’employée des chemins de fer. C’est pour quoi ?

– Je souhaiterais des billets pour Gambais, je vous prie Madame.

– Première, seconde, troisième ?

– En seconde, s’il vous plait.

– Parfait. Combien de billets ?

– Un aller-retour, je vous prie.

– Un aller-retour, parfait.

– Et un aller simple également.

– Bien Monsieur, ça fera cinq francs et quarante centimes. »

 

Histoire vraie — L’aller simple, c’était pour Anna Collomb, folle amoureuse de Monsieur Dupont et prête à vivre une journée et une nuit enflammée avec son prétendant. Et elle a été servie. Car ce si gentil Monsieur Dupont, tout comme Petit, Fremyet, Tartempion ou une vingtaine d’autres pseudonymes, n’est autre que Henri Désiré Landru, surnommé « le Barbe-Bleu de Gambais ». Anna Collomb a été sa dixième victime. Sa mort est datée du 27 décembre 1916. Landru a été guillotiné le 25 Février 1922 devant l’entrée de la prison de Versailles. Alors qu’on lui proposait le verre de rhum et la cigarette du condamné, on raconte qu’il répondit : Non merci, ce n’est pas bon pour la santé.

 

24 février 1927 – Entre César et Oscar

 

Emmanuelle est montée sur scène. Elle est nominée pour recevoir le César de la Meilleure Actrice. Elle s’est faite belle, a mis sa plus jolie robe rouge choisie dans sa garde-robe, a arboré son plus doux sourire issu de son tiroir à sourires. Le sourire de la pureté, de la jeunesse de l’âme, de la gentillesse.

Elle n’a rien préparé, persuadée qu’elle ne viendrait pas parler devant le micro. Quand elle a entendu son nom, son cœur s’est mis à battre très fort, comme une jeune première, comme une débutante dans le métier. Elle, la voix envoutante de « Hiroshima mon amour » d’Alain Resnais en 1959, elle n’imagine pas une seule seconde que plus de cinquante années plus tard, on puisse encore être envouté par cette voix, à la fois douce et dure, tendre, sévère et pleine d’émotions.

La semaine prochaine, elle concourra pour l’Oscar de la meilleure actrice, face à la plus jeune des actrices pressenties pour cette distinction internationale: Quvenzhané Wallis, âgée d’à peine neuf ans. Emmanuelle pourrait être son arrière-grand-mère !

Aujourd’hui, une nouvelle étape, dans sa carrière, dans sa vie. C’est son anniversaire. Comme si vous aviez votre anniversaire entre Noël et le Nouvel An. Elle, elle a un an de plus, entre César et Oscar.

Histoire  vraie – Née le 24 février 1927, Emmanuelle Riva est décédée le 27 Janvier 2017. Elle a reçu le César de la meilleure actrice en 2013 pour le film Amour de Michael Haneke.

 

23 février 1766 – Les dangers du tabac

 

Stanislas est sur la fin de sa vie. Il a quatre-vingt-huit ans, pèse près de cent trente kilos et a bien du mal à y voir clair. Certainement la cataracte qui lui joue des tours. Le jour baisse vite en février et on n’y voit plus grand-chose dans la chambre du château de Lunéville. La lecture dont Stanislas a été un passionné pendant toute sa vie est devenue de plus en plus difficile. À peine peut-il encore lire lorsqu’il est près de la fenêtre et que la lumière arrive du bon côté du livre, ne dessinant aucune ombre sur le papier de l’ouvrage.

Alors, lorsque six heures ont sonné à la grande pendule du château, le vieux Roi s’est assis près de la cheminée pour se reposer un peu avant le repas. Comme le froid est encore vif en ce début de février, le vieillard a enfilé sa grosse robe de chambre en coton, ouatée et rembourrée, offerte par sa fille Marie, la Reine de France. Il l’aime bien cette robe de chambre. Elle est ample, colorée, et masque un peu son obésité. Et puis elle le couvre bien, l’entoure et descend jusqu’aux pieds. Car, c’est connu, on attrape souvent froid par les pieds ! Fatigué de n’avoir rien fait de la journée, il s’endort.

Des sabots de chevaux claquent dans la cour du château. Le bruit fait sursauter le vieux souverain qui ouvre un œil et s’aperçoit qu’il fait déjà nuit.

« Mince, se dit-il (en lui-même et en polonais, car il parlait les deux langues (blague de mon père)), il fait déjà nuit, j’ai dû m’assoupir. Quelle heure est-il donc ?

Il jette un œil en direction de la pendule d’argent. Mais il fait nuit. Et la pendule est loin. Stanislas n’y voit goutte. Difficilement, il s’appuie sur les accoudoirs du fauteuil recouvert de velours et après trois bonnes minutes d’efforts, réussit enfin à se lever. Petit pas après petit pas, il avance en s’appuyant à la tablette surmontant la cheminée. Sa main rencontre sa pipe posée là avant de dormir.

– Tiens, une petite pipe avant de manger, ce serait une bonne idée, songe-t-il.

Il attrape l’ustensile de bois et continue sa route vers la pendule.

– Sept heures et demie. Déjà ? J’ai dû dormir un bon moment.

Appuyé au manteau de la cheminée, il emplit le fourneau de sa pipe d’une pincée de tabac, teste d’un coup de gorge le bon passage de l’air et se penche pour ramasser un tison afin d’allumer le foyer.

Le feu. Le feu a pris à sa robe de chambre. Le rembourrage de coton s’est embrasé comme fétu de paille et les flammes commencent à monter le long du long manteau d’intérieur.

– Gówno gówno gówno*, hurle-t-il en se donnant de grandes claque sur les jambes afin d’éteindre les flammes. Sister, Sister, Sister, viens vite !!

Sister, le vieux valet de chambre du Prince Stanislas ouvre la porte avec fracas et se précipite vers son maître.

– Majesté, majesté, ne bougez pas. Ne bougez surtout pas, laissez-moi faire.

D’un geste agile pour un homme de son âge, il retire son gilet et énergiquement, frappe sur les flammes et réussit à les étouffer. Stanislas est toujours debout, accroché à la tablette de la cheminée. Son souffle est court, la peur se lit sur son visage. Sa pauvre robe de chambre est en bien mauvais état, brûlée sur le côté gauche jusqu’à mi-taille. La mort est décidément passée bien près de lui aujourd’hui.

Sister aide Stanislas à retirer le vêtement et pose sur ses épaules une lourde couverture.

– I było gorąco, mój Boże, było gorąco**, soupire-t-il en regagnant son fauteuil aidé du fidèle Sister.

– Votre Altesse a eu bien de la chance que je sois dans la pièce à côté en train de nettoyer les bassins, sinon, que serait-il advenue d’Elle ?

– Merci, merci mon brave vieux Sister. Je te dois la vie en effet. Va maintenant prévenir les cuisines que j’ai grand faim et que je vais descendre.

– Bien votre Altesse.

– Sister, avant de partir, veux-tu bien allumer ma pipe s’il te plait ? Je préfère ne pas le faire moi-même !

– Si je peux me permettre, Monsieur le Duc, vous feriez bien d’arrêter cette manie de fumer, vous voyez bien que c’est dangereux pour vous.

– À quatre-vingt-huit ans, c’est le seul plaisir qu’il me reste. Mais désormais, je t’appellerai pour allumer ma pipe.

 

* Merde de merde de merde en polonais.

** J’ai eu chaud, mon Dieu que j’ai eu chaud.

 

Histoire vraie – Le 5 février 1766, Stanislas Leszczynski, duc de Lorraine et ex-roi de Pologne tombe dans sa cheminée en se baissant pour ramasser un tison de bois pour allumer sa pipe. S’apercevant que sa robe de chambre avait pris feu en s’approchant trop près pour lire l’heure à la pendule, il se trouve déséquilibré et tombe dans l’âtre. Lorsque, beaucoup plus tard, son serviteur le retrouve (il s’était absenté un moment), le vieux roi a la main gauche complètement calcinée et tout le côté gauche, de la cheville à l’épaule, n’est qu’une immense plaie brûlée. Après dix-huit jours de calvaire, de souffrance et  d’agonie, il meurt de ses blessures le 23 février 1766. La Lorraine tombe alors dans l’héritage de sa fille Marie Leszczynska, épouse de Louis XV. Celui-ci rattache immédiatement cette région à la France avant même les funérailles du Duc de Lorraine. La Place Stanislas, à Nancy, c’est lui !!!

 

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