20 juin – Réfugiés, réfugiés

Deux textes aujourd’hui pour cette journée du 20 Juin. En fait, deux textes courts que j’avais écrits en 2018 et 2019 pour illustrer des photos dans un atelier d’écriture.

Pour ce premier texte, il fallait illustrer une photo représentant un jeune Africain photographié à contre-jour et tendant la main.

 

Je t’ai tendu la main
Et tu m’as ignoré
Je ne demandais rien
Tout juste exister.

Je t’ai tendu la main
Tu as tourné les yeux
Je cherchais mon chemin
Pour trouver le ciel bleu

J’ai quitté mon pays
J’ai quitté mon village
J’ai débarqué ici
Après un long voyage

J’ai bien failli mourir
Cent fois en quelques mois
Je sais ce qu’est souffrir
Esclave c’est pas mon choix

J’ai connu le malheur
Trois cents sur un bateau
J’ai entendu les pleurs
Des enfants des ados

Mon nom était Seydou
Je vivais au Soudan
Je m’endors n’importe où
Et on m’appelle Migrant

Je n’en veux à personne
Tu n’es pas obligé
Si tu veux tu me donnes
De quoi boire ou manger

N’oublie pas cependant
Je suis un être humain
Pas seulement un migrant
Un black un africain

Chez moi c’est la misère
Avant c’était l’été
Il suffit d’une guerre
Pour voir l’hiver souffler

Si ta vie tourne au noir
C’est peut-être toi demain
Assis sur un trottoir
Qui me tendras la main.

J’ai entendu l’autre jour à la radio une histoire qui m’a beaucoup plu. Celle du colibri et de la goutte d’eau. Je vais vous la conter :

La forêt est en feu. Les flammes dévorent tout : arbres, lianes, toute la végétation est détruite. Les insectes, les animaux, tout le monde fuit par le meilleur moyen qu’il trouve. L’incendie est immense. Une fois hors des flammes, les animaux se regroupent pour regarder leur forêt brûler. Ils papotent, ils discutent. Chacun se plaint de sa situation. Jusqu’à ce qu’ils aperçoivent un petit colibri qui fait l’aller-retour entre une mare d’eau et la forêt en flammes. A chaque voyage, il prend une goutte d’eau dans son bec, vole jusqu’aux flammes et lâche sa goutte d’eau. Au bout d’un moment, un tatou l’apostrophe au passage :

« Hé, petit colibri, tu es ridicule, ce n’est pas avec ta minuscule goutte d’eau que tu vas éteindre les flammes, tu te fatigues pour rien.

– Pas pour rien, répond le colibri. Je sais bien que je fais peu, que cette goutte d’eau n’est pas grand-chose. Mais je fais ma part. »

 

 

La deuxième photo était celle d’un filet de pêche au bord d’une plage, dans laquelle était coincée une tétine bleue. J’avais écrit ce texte en 1000 caractères.

La maison est vide maintenant. Ou presque. Que prendre quand il faut partir ? Partir absolument ? L’essentiel, le nécessaire. Et encore. Le sac à dos est trop petit pour le superflu. Pas question de prendre des meubles, des matelas ou quoique ce soit qui puisse représenter du poids. Le poids du souvenir et le poids du chagrin sont déjà assez lourds à porter.

Le père est déjà descendu avec les enfants. Il parle avec d’autres. Qui partent aussi. La mère reste quelques minutes dans l’unique pièce de la maison. Imprégner sa mémoire, imprégner son cerveau de ce qu’a été sa vie. Les rires dans la maison, les repas, les nuits d’amour, l’arrivée des enfants.

Il est l’heure, il faut y aller. Un dernier regard avant de tout quitter. Au moment de partir, une tache jaune or accroche son regard. Elle se baisse et ramasse la tétine du fils. Comment a-t-elle pu l’oublier ? Il en aura besoin sur le bateau pour combattre la peur. Et puis là-bas, quand ils arriveront.

Le bateau les attend.

La mort aussi.


Depuis le 4 décembre 2000, le 20 juin est la journée mondiale des réfugiés. Journée établie par l’Assemblée générale des Nations unies.

19 Juin 1897 – Charles Cunningham B.

Dans la série « Apprenons un nouveau mot », voici un nouvel épisode.

Le préfet Poubelle a donné son nom à ce que l’on sait. Nous roulons sur du Macadam grâce à John Loudon McAdam qui inventa la route goudronnée en 1820. Alors voyons aujourd’hui un nouveau nom propre qui est devenu un nom commun.

Imaginez notre héros du jour, Charles Cunningham B. (je préserve son anonymat jusqu’à la fin pour vous permettre de chercher son nom). Un Britannique d’une bonne quarantaine d’années, plus près de la cinquantaine, bien mis et, il faut le dire, assez riche. Un homme distingué, chauve, ou plutôt portant la couronne de cheveux grisonnants et une immense barbe bien taillée mais fournie et descendant suffisamment bas pour masquer entièrement le cou. Style Père Noël, mais en poils durs et frisés poivre et sel. Vous voyez le genre ?

Jusqu’à trente-cinq ans, notre homme est militaire. Capitaine dans les forces armées britanniques. A ce titre, il participe à toutes les opérations de l’armée anglaise de la moitié du XIXème siècle.

Et voilà que son père meurt et lui laisse en héritage une coquette somme. Considérant qu’il a suffisamment roulé sa bosse dans la vie militaire, il range son uniforme et s’achète des terres dans l’île d’Archill, à l’ouest du Connemara, en Irlande. Il y reste quelques années, puis revend tout et achète de nouvelles terres à Lough Mask dans le Comté de Mayo, toujours en Irlande.

Là, il administre son bien et fait la connaissance de Sir John Crichton, troisième Comte Erne, un pair d’Angleterre qui passe plus de temps à Londres à la chambre des Lords que sur ses terres irlandaises qu’il a une forte propension à négliger. Et il cherche justement un régisseur pour s’occuper de tout. Un homme qui sera bien payé, mais qui devra gérer les semailles, les récoltes, les bêtes et surtout la bonne centaine d’ouvriers agricoles qui travaillent dur pour un salaire de misère.

Pendant plusieurs années, tout se passe bien, ou pas trop mal. Charles Cunningham B. est un régisseur sévère et redouté par les métayers. Mais dans le même temps, il faut être dur si on veut être respecté. Et les incidents sont nombreux. Dans cette partie de l’Irlande où règnent la paresse, l’ivrognerie et la malpropreté, le régisseur a parfois bien du mal à résoudre les conflits chaque jour plus nombreux.

Mais en 1879, la météo est très mauvaise, les récoltes sont désastreuses et les ouvriers agricoles ruinés. La situation est catastrophique. Cet état de fait alerte Charles Stewart Parnell, dirigeant de la ligue agraire qui, au nom des métayers, demande au Comte Erne une remise de 25 % sur les loyers. Celui-ci, du bout des lèvres, propose un modeste 10 %. Ce qui n’est pas recevable par les ouvriers qui commencent à monter le ton. Et l’affaire devient politique, puisque Parnell est un Irlandais indépendantiste qui souhaite voir l’Angleterre se mêler de ses affaires et pas de celles de la patrie de saint Patrick.

Alors, pour gérer le conflit, le Comte Erne envoie Charles B. au charbon, si j’ose dire.

Et en tant qu’ancien Capitaine de l’armée britannique, Charles emploie les grands moyens. Il expulse à tour de bras. Il vire avec pertes et fracas tous ceux qui ne veulent pas payer ou qui ne font pas d’efforts pour rentrer dans le rang. Il décime ainsi financièrement de nombreuses familles et les entraîne vers la misère.

Alors Parnell réunit tous les paysans restants et prêts à se battre, il joint également les commerçants de la région, les grossistes comme les détaillants et il leur dit ceci.

« Puisque le régisseur veut vous affamer, affamez-le. Refusez de travailler pour lui ! Refusez de le servir ! Refusez de lui vendre quoi que ce soit ! Vous, les paysans, ne labourez plus ses terres, ne récoltez plus, laissez crever ses bêtes. Il a des vaches ? Arrêtez de les traire ! Il va vouloir se plaindre à la couronne d’Angleterre, vous devez vous y attendre. Interceptez tous ses messages, ceux qu’il reçoit comme ceux qu’il envoie. Il doit se sentir en insécurité permanente ! Il n’est pas le bienvenu chez nous ! Imposez-lui la misère qu’il vous impose ! Vous ne serez pas plus riches, mais vous ne serez pas les seuls à crever de faim ! »

Et ce qui fut dit fut fait. Charles Cunningham B. devint le pestiféré du comté de Mayo. Plus personne n’accepta de travailler pour lui. Malgré le blocage de ses messages, il réussit à prévenir la couronne qui envoya des soldats basés dans le nord de l’Irlande pour faire les moissons qu’aucun paysan n’avait accepté de faire. Ces soldats furent reçus par des crachats et des insultes. On dut faire venir de Dublin la nourriture pour les hommes et le fourrage des chevaux, car personne dans la région n’accepta de fournir quoi que ce soit. Accepter de l‘aider d’une façon ou d’une autre, c’était s’exposer à de dures représailles : maison incendiée par exemple. Malgré la bonne volonté des hommes désignés, la récolte fut perdue.

Pendant plus d’un an, Charles ne put sortir de chez lui qu’à la nuit tombée, armé et escorté par plusieurs policiers qui assuraient sa sécurité.

Vous l’avez deviné je pense. L’homme qui a subi pendant plus d’un an cette mise en quarantaine, qui fut mis en confinement forcé, pour employer des termes actuels, cet homme s’appelait Charles Cunningham Boycott.

Et il fut le premier homme à avoir été boycotté.


HISTOIRE VRAIE. Complètement ruiné à la suite de cette mise en quarantaine, Charles Cunningham Boycott retourna en Angleterre en 1880, loin de cette Irlande qui n’avait pas voulu de lui.

Il s’installa à Flixton, dans le Suffolk où il mourut, le 19 juin 1897.

 

Le 19 juin 1986 est également le jour de la mort de Coluche.

18 Juin 1942 – Officially Pronounced Dead

Ce texte est déjà paru en avril dernier pour commémorer la rupture définitive des Beatles, mais la date du 18 Juin et la naissance de Paul me paraissent mieux coller. Alors je referai un texte pour avril, l’an prochain !!!

En attendant, relisez-le quand même, y a pas de mal à se faire du bien  !


En ce moment, avec notamment l’importance qu’ont prises les chaînes d’info en continu, les rumeurs vont bon train.

Que ce soit sur les vaccins, les nombres de morts de la pandémie ou la propagation du virus.

Depuis deux jours, on se répand de rumeurs à propos de soi-disant repas qui auraient eu lieu au Palais Vivienne pour honorer Napoléon, avec des ministres en plus !

Et j’en passe ! Souvenez-vous, Sheila était un homme, le Ku Klux Klan finançait les cigarettes Marlboro, on perdrait vingt-et-un grammes en mourant, ce qui correspondrait au poids de l’âme, on serait suivi par une trace rouge en faisant pipi dans une piscine, vous l’avez tous entendue celle-là ? Si ça vous amuse, tapez Liste des légendes urbaines dans votre moteur de recherche, vous verrez bien…

 

Au début des années soixante-dix, alors que nous habitions encore Bordeaux, un bon copain de ma classe, qui s’appelait Jean-François Jousson (va-t-il lire ce texte ?) était un amoureux inconditionnel des Beatles. Vous savez, ce groupe de musiciens plus célèbre que Jésus-Christ ? Il m’arrivait régulièrement d’aller chez lui après les cours, ou le samedi après-midi. Nous nous installions dans sa chambre, cigarette au bec et nous écoutions la musique des quatre de Liverpool, que je connaissais peu à l’époque.

Un après-midi, alors que nous écoutions ensemble l’album Magical Mystery Tour (celui qui coûte plusieurs milliers d’euros dans sa version originale, encore une belle rumeur), voilà Jean-François qui prend un air de conspirateur et qui me dit :

— Mais tu sais que McCartney est mort ?

Moi, complètement incrédule :

— Mort ? Ben non, j’en ai  jamais entendu parler, il vient de sortir un nouveau disque avec les Wings.

— Si, il serait mort en 1969 dans un accident de voiture.

(Notez le conditionnel…)

— Alors, et l’album des Wings ?

— Il aurait été remplacé par un sosie pour ne pas ruiner la carrière des Beatles et maintenant, ça continue !

Et Jean-François me sortit l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band qu’il ouvre en grand.

— Regarde, me dit-il, sur sa manche, il porte un badge noir, tu le vois ?

— Oui.

— Il est inscrit OPD.

— Et alors ?

— Ça signifie « Officially Pronounced Dead », « officiellement déclaré Mort ».

Et pour confirmer ce qu’il venait de dire, il ajouta :

— Et au-dessus de sa tête, il y a une main, signe du religieux qui bénit un défunt.

— Mince alors (je n’écris pas Merde, parce que ma mère n’aime pas que je mette ce mot dans mes textes, vous modifierez tout seul en lisant…). C’est tout ?

— Non, les fleurs jaunes en bas dessinent une basse pour gaucher. Et Paul était bassiste.

Il laissa un temps puis ajouta :

— Et gaucher.

— C’est tout ?

— Non, sur le devant de la pochette, il est de face, comme dans un cercueil, alors que les trois autres sont de trois-quarts.

Je n’en revenais pas, j’étais là, bouche ouverte devant la pochette de mes idoles. C’était pourtant évident…

Et Jean-François porta l’estocade. Il retourna la pochette pour m’en montrer le verso :

— Et au dos, ajouta-t-il, il est de dos alors que les autres sont de face.

C’en était fini de moi. J’étais conquis. Paul était bien mort, j’en avais la preuve sous les yeux.

(Et j’ai lu plus tard qu’on avait trouvé encore d’autres détails : il porte un instrument noir, il met la main sur l’épaule de Ringo à gauche, lequel Ringo porte un pull noir parce qu’il était sûrement responsable de la mort de Paul, les jacinthes rouges en bas sont signe de mort.)

Puis il retira le disque qui était sur la platine, le rangea dans sa pochette en faisant bien attention de ne pas poser les doigts dessus et mit Sergent Pepper’s directement à la dernière plage de la face B : « A day in the life »

— Ecoute, il dit « he blew his mind out in a car, he didn’t notice that the lights had changed » (il s’est défoncé la tête dans une voiture, il ne s’était pas aperçu que les lumières avaient changé). C’est bien la preuve qu’il est mort d’un accident de voiture. »

Comment nier l’évidence ? Tant de preuves ne pouvaient pas être le fruit du hasard. Il n’y a pas de fumée sans feu ! Mais quand les gens allaient-ils se rendre compte de la mort de Mc Cartney ? Le monde entier était-il aveugle ? (sauf Jean-François et moi, évidemment…)

— D’autant plus, ajouta Jean-François, que sur la pochette de Abbey Road, qu’il me mit sous les yeux, il y en a aussi…

J’ouvris les yeux, mais ne vis rien (forcément puisque je n’étais pas initié).

— Regarde la voiture, la coccinelle blanche. Tu as vu sa plaque d’immatriculation ?

— LMW 28 IF. Et alors ?

— Alors, ça veut dire « Living-McCartney-Would be 28 IF”  («McCartney vivant aurait eu 28 ans SI…» Et il tient sa cigarette de la main droite, alors qu’il est gaucher, ce qui prouve bien que c’est un sosie.

— Mince, je n’en reviens pas…

— Et il avance la jambe droite, alors que les autres avancent la jambe gauche.

— Ben, c’est un hasard, la photo a été prise comme ça et puis c’est tout !

— Rien n’est hasard, me dit-il, tout est calculé, prévu. En fait il a eu son accident parce qu’il roulait à droite au lieu de rouler à gauche, d’où la jambe…  (3) Et il est pieds nus, alors que les autres ont des chaussures. »

 

Des preuves de la mort de Paul, il en existe encore des dizaines (des paroles de chanson, des bandes enregistrées à l’envers, des paroles mystérieuses de John à la fin de certaines chansons…). Même si maintenant je sais que toutes ces choses sont fausses, je ne peux pas écouter A day in the life ou regarder la pochette du disque sans y penser…

Il paraîtrait même que ce seraient les Beatles eux-mêmes qui auraient semé ces indices histoire de faire le buzz comme on dit maintenant !

 

(1)  Sur son badge noir, il n’était pas écrit OPD mais OPP, comme Ontario Provincial Police.

(2) On sait que John Lennon évoquait en fait Tara Browne, l’héritier des brasseries Guinness tué fin 1966 au volant de sa Lotus Elan.

(3)  Iain MacMillan, le photographe de la pochette a expliqué plus tard avoir pris 6 clichés ce jour-là, en dix minutes à peine. C’est la cinquième photo qui a été choisie car les jambes des quatre Beatles font un V renversé parfait.


HISTOIRE VRAIE  si on veut.

Paul McCartney est né le 18 juin 1942 et à la date de parution de ce livre, il est toujours parmi nous.

Par contre, je ne sais pas ce qu’est devenu Jean-François Jousson !

17 Juin 653 – Pauvre Martin, Pauvre Misère

Ça n’a pas toujours été la joie d’être pape. Alors c’est vrai que maintenant, ils se baladent en avion, en papamobile, sont considérés comme des chefs d’état, ont tout un aréopage de cardinaux, d’évêques qui s’occupent d’eux et sont aux petits soins, mais ça n’a pas toujours été comme ça.

Prenez Benoit  VI par exemple… Nommé pape en 972, arrêté et emprisonné en 973 par un autre pape ou du moins un antipape nommé Boniface VII. Croupit dans une prison pendant dix mois et hop… étranglé en 974. Vous croyez qu’il a réussi sa vie ce type-là ?  Vous croyez que la papauté lui a apporté le bonheur ?

Pas convaincus ?

Un de nos anciens papes, de 891 à 896 s’appelait Formose. Et je peux vous dire que son pontificat n’a pas été rose. Je préfère ne pas entrer dans les détails. Toujours est-il que le 4 avril 896, il rend son âme à Dieu. Il était alors âgé de quatre-vingts ans, ce qui pour l’époque, était plutôt pas mal. Mais ce n’est pas terminé. Car son successeur, Etienne VI, après avoir été conseillé, plutôt mal d’ailleurs, considère que Formose a été élu pape sans avoir été Evêque de Rome et après avoir été excommunié. Ce qui est extrêmement grave ! Ni une ni deux, il fait sortir Formose de sa tombe, sept mois après sa mort, excusez du peu, il le fait habiller en pape et il l’installe dans un fauteuil devant un synode d’évêques romains. Comme Formose ne veut rien avouer et ne dit rien pour se défendre, le pape Etienne lui attribue un diacre comme avocat qui répondra à sa place. Formose est condamné (mais pas à mort, ça c’est déjà fait !) Il est dépouillé de ses décorations et amputé de l’index, du majeur et de l’annulaire de la main droite, les trois doigts qui servent à bénir. Son élection est invalidée et toutes les décisions prises sous son pontificat sont annulées. Après quoi, le cadavre est livré à la foule qui le jette dans le Tibre. Etienne VI subira d’ailleurs le même sort, ou presque. Après ce jugement étonnant, de grandes émeutes éclatent et cette fois-ci, c’est le pape en activité qui en fait les frais. Etienne est étranglé à son tour.

Alors ? Encore une fois, vous ne trouvez pas que ça craint un peu d’être pape au Moyen-Age ?

Le troisième dont je vais vous parler a un peu cherché la cogne, il faut bien l’avouer. Mais ça n’excuse rien ! Il est né en 598 à Todi, en Italie. On n’est pas encore au Moyen-Age, c’est encore l’Antiquité ! Il est élu pape en 649, à à peine cinquante ans, ce qui est jeune pour un pape !! Malheureusement pour lui, il oublie de solliciter la confirmation de son élection à l’empereur de Constantinople. Mal lui en prend, ce dernier annule donc le scrutin. Mais Martin 1er, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’en fait qu’à sa tête et continue à se prendre pour le pape. Et que je te bénis à droite, et que je te salue à gauche, et que je fais des bulles et que je réunis des synodes ! Et voilà qu’à la fin de 649, notre ami Martin réunit un concile d’évêques dans la Basilique Saint Jean de Latran à Rome. Et en conclusion de ce concile, ce pape un peu kamikaze condamne le monothéisme, et surtout le Typos, édit par lequel l’empereur considère qu’il ne faut même pas parler du monothéisme, que c’est comme ça et puis c’est tout ! Et Martin, non content d’avoir décidé ça tout seul ou avec ses copains évêques, décide d’aller le chanter partout. En Occident, à Rome, en Gaule. Bref, il fait savoir partout que le monothéisme c’est terminé et que le Typos, on peut s’asseoir dessus. En gros quoi…

La nouvelle arrive donc à l’empereur de Byzance qui le prend très mal. Martin 1er est arrêté sans ménagement. Il est accusé de haute trahison et emmené à Ostie. Là, il passe un bon moment en prison, avec les rats et toute la saleté qui va avec, puis on l’embarque pour Constantinople. Pendant la traversée, il est battu, mal traité, et on ne lui prodigue pas le moindre soin. Pas grand-chose à manger, pas moyen de se laver. Il arrive, on le débarque sur une civière parce qu’il ne peut pas marcher et la foule qui l’accueille le couvre d’insultes, de crachats, de pierres, et de tout un tas de trucs désagréables. On le recolle dans la prison de Prandaria avec les droits communs : les voleurs, les assassins, les violeurs, les pédophiles, bref, avec la racaille du coin. Ça vous forge un homme ça !!

Son procès a lieu le 20 décembre 653 et ça se passe plutôt mal pour lui. Je vous passe les détails. Toujours est-il qu’il est condamné à mort par écartèlement, chargé de lourdes chaines et ramené en prison. Au passage, il est frappé, ses vêtements sacerdotaux sont déchirés, il est quasiment dénudé. A noter que l’empereur a assisté au procès, caché derrière une colonne pour ne pas qu’on le voie. Tu parles d’un courageux !

Mais il a encore des copains qui font appel de sa condamnation et qui réussissent à faire flancher Constant II le fameux empereur de Constantinople. La peine de Martin est commuée en exil perpétuel et il est emmené à Chersonèse, dans ce qui est la Crimée actuelle. Et là-bas, il meurt rapidement, encore une fois faute de soins. Entre temps, un nouveau pape est élu. C’est Eugène 1er. (Eh oui, il y a eu un pape appelé Eugène !). Lequel Eugène décide, Dieu sait pourquoi de s’abstenir de donner son avis à propos du monothéisme. Quand on lui a posé la question, il a dit « Joker » !


HISTOIRE VRAIE : Martin 1er, 74ème pape est élu le 5 juillet 649 à la suite de Théodore 1er et meurt le 15 septembre 655. Il a été arrêté pour trahison le 17 juin 653. Il y aura 5 papes portant le nom de Martin.

16 Juin 1969 – La serveuse du bar de l’hôtel

Il y a longtemps que je n’étais pas revenu. La vie joue de drôles de tours parfois ! En fait, avec mes parents, on habitait ici, il y a … houlala, je n’ose même pas y penser. Et puis Papa a été muté, une promotion il me semble, et toute la famille a migré de l’autre côté de la France, à plus de six cents bornes d’ici, c’est vous dire. Mes études, le bac, Sup de Co, les premiers postes, forcément à Paris (quand on est jeune diplômé, on n’a pas nécessairement le choix), le mariage, les enfants, la maison à construire puis à entretenir. Les années passent vite, on ne s’en rend pas compte. Le temps emporte tout, comme dit Yves Jamait.

Maintenant, je bosse du côté de Lyon, dans l’import-export, comme on dit, ça couvre un peu tout. Disons, pour faire vite, une boite de pièces détachées automobiles.

Et ouverture d’une succursale ici.

Me voilà donc représentant du patron, pour deux jours dans la ville de mon enfance. C’est marrant les souvenirs qui remontent, les odeurs, les madeleines ! Je revois des visages, des situations vécues.

Je suis là, dans le bar de l’hôtel, à siroter mon café lorsque la serveuse s’approche de moi. Elle semble avoir une petite quarantaine, comme moi, plutôt pas mal conservée, de longs cheveux blonds tombant sur ses épaules. Elle me sourit en s’appuyant sur le comptoir.

« Tiens, qu’est-ce que tu fais là ? me demande-t-elle.

Je repose ma tasse l’air surpris et attrape le petit spéculos sous cellophane, histoire de me donner une contenance.

C’est moi, c’est Nathalie.

— Nathalie ?

Quoi, tu me reconnais pas ?

Je n’ose répondre.

Soudain je la vois, là, au fond de ma mémoire. Mon corps réagit. Je cligne des yeux plusieurs fois. Le corps parle de lui-même.

Mais si. Bien sûr que tu me reconnais.

Evidemment que je la reconnais. On était ensemble au lycée.

C’est vrai, j’ai changé, ajoute-t-elle en se redressant un peu, mais l’allure reste la même tu ne trouves pas ?

— Oui c’est vrai. Maintenant, je te reconnais complètement. Je suis content de te voir. Alors ça pour un hasard ! Qu’est-ce que tu deviens ?

— Ben tu vois, je travaille ici depuis peu. J’ai un peu galéré après le lycée. Maintenant, j’ai des enfants, un mari.

Elle s’interrompt, puis reprend :

Ben quoi, t’as l’air surpris ?

— Non non. Pas du tout. Ça me fait tout drôle, je m’attendais pas, c’est tout ! Tu as galéré, tu dis ?

— J’étais pas destinée à une vie bien rangée. J’étais perdue. Mon mari m’a trouvée.

Mince. Autant de franchise et de déclaration plutôt intime alors qu’on ne s’était pas vus depuis plus de vingt ans, ça me fait un drôle d’effet.

— Honnêtement, as-tu déjà pensé à moi et à notre histoire depuis toutes ces années ? me demande-t-elle directement en me resservant un café.

Je ne m’attendais pas à une telle demande. Je pensais qu’on allait discuter je dirais banalement, mais voilà qu’elle attaque directement sur nous deux…

J’hésite. Trop longtemps, et ça se voit. Elle s’en rend compte immédiatement.

J’étais de celles qui disent jamais non, les “Marie couche toi là” dont on oublie le nom.

Je balbutie, j’essaie de rattraper le coup, car je la sens malheureuse, au bord des larmes. Punaise, elle vit plutôt mal les souvenirs et le fait de me retrouver. Autant ça me fait plaisir de revenir ici, autant ça semble être douloureux pour elle de me revoir. Pourtant maintenant, je me souviens bien, mais elle a raison, elle n’a pas fait partie de celles qui ont compté dans ma vie. Même si c’était la première avec qui j’ai…

Et elle reprend, au bord des larmes :

J’étais pas la jolie, moi, j’étais, comment dire… sa copine, celle qu’on voit à peine, qu’on appelle machine. J’avais deux ans de plus, peut-être deux ans de trop.

C’est vrai qu’on n’était pas dans la même classe. On s’était connus à une boum chez un copain. Chez Jackie, je crois.

Et elle ajoute :

Et j’aimais les garçons, peut-être un peu trop.

C’est vrai qu’on faisait les machos avec les copains. On racontait tous qu’on avait eu des dizaines de conquêtes que personne n’avait vues évidemment ! Et toujours pendant les fêtes, pour qu’on ne puisse pas vérifier ! A quinze ans, on était tous les mêmes ! Pour beaucoup d’entre nous, aller avec des filles comme Nathalie, c’était bien plus facile que de chercher à draguer. Ces filles-là avaient leur réputation derrière elles ! Ces filles « faciles » étaient notre première fois, de celles qui comptent, mais pas tant que ça ! la preuve, je l’avais complètement zappée !

Elle semble aller dans mon sens. On dirait qu’elle lit dans mes pensées. Car elle reprend :

Je n’étais pas de celles à qui l’on fait la cour, moi, j’étais de celles qui sont déjà d’accord. Vous veniez chez moi, mais dès le lendemain, vous refusiez en public de me tenir la main.

Putain ce qu’on pouvait être cons. On n’imaginait pas comme elle devait souffrir Nathalie ; Pour nous, c’était, comment dire, un coup facile. On en rigolait entre potes, sans se soucier le moins du monde ce qu’elle pouvait ressentir. Quand on l’embrassait à l’abri des regards, elle devait fermer les yeux à s’en fendre les paupières, mais on nous on guettait. Pourvu qu’on ne nous voie pas avec elle. Elle, elle devait se dire « faut pas que je m’attache » et nous on pensait «il faut pas que ça se sache ». Tout le monde se foutrait de notre gueule si ça se savait !!

— Allez, j’arrête de te faire remonter ces souvenirs qui ne te font peut-être pas si plaisir que ça, tout compte fait. Tu dois bosser demain matin. Et moi, je dois rentrer, les enfants m’attendent.

Je ne sais pas quoi répondre. Vingt-cinq ans après, je suis gêné. J’ai grandi et je me trouve con. Ça va vite dans ma tête. Qu’est-ce que je dois faire ? M’excuser ? Demander pardon ?

C’est elle qui me coupe dans ma réflexion.

— Allez, je file, si tu repasses par ici, ce sera avec plaisir, on parlera de toi ce coup-ci, parce que je ne t’ai même pas demandé ce que tu devenais. Mais tu sais, tout ce que je t’ai dit, je l’avais sur le cœur depuis des années. T’as pas eu de chance, c’est tombé sur toi. Mais ça aurait pu être Thierry, Patrice, Benoit ou Sébastien !

Je bredouille.

— Salut Nathalie.

— Salut Bruno, à une prochaine ! »


Les amateurs de chanson auront reconnu « Je suis de celles » de Bruno Nicolini, autrement connu sous le pseudonyme de Bénabar.

Lequel Bénabar est né le 16 Juin 1969 à Thiais dans le Val de Marne.

15 Juin 1752 – Benjamin ou Jacques via Georges

Les chansons de Brassens parlent de tout. C’est une véritable encyclopédie.

Qui n’a pas imaginé le gorille sortant de sa cage et attrapant le juge à l’oreille au lieu de la vieille comme chacun aurait fait ?

Qui n’a pas vu le sein blanc de Margot donnant la tétée à son petit chat ? Et les épouses qui font la gueule à leurs maris qui se rincent l’œil sans vergogne ?

Qui n’a pas imaginé les mégères se crêpant le chignon avec les flics du quartier après s’être battu entre elles ? « Une autre fourre avec rudesse, le crâne d’un de ces lourdauds entre ses gigantesques fesses qu’elle serre comme un étau… » Vous la voyez bien la Briviste là ?

Et Brassens me fait remonter un drôle de souvenir.

Je devais avoir treize ou quatorze ans. Ma sœur ainée partait de temps en temps, le soir, faire du babysitting.

Un samedi soir, avant de partir, elle arrive dans ma chambre et me dit :

« P’tit frère, ça te dirait de gagner cinq francs facilement ?

— Vas-y, dis-moi.

— J’aimerais bien avoir les paroles de certaines chansons de Brassens (mes parents avaient les vieux disques de Brassens, c’est d’ailleurs moi qui les ai récupérés…).

— Et alors ?

— Alors, pendant que je suis partie, tu viens dans ma chambre, tu mets les disques et tu notes les paroles sur ce cahier. Je t’ai fait une liste des chansons que j’aimerais avoir.

Et elle me montre un grand cahier.

— Et je te paie cinquante centimes par chanson. Si tu en fais dix ce soir, ça te fera cinq francs. »

J’acceptai évidemment ce travail sous-payé et m’installai dans sa chambre, face à l’électrophone à piles en plastique blanc et bleu portant un disque de Brassens sur le plateau.

Et la longue soirée commença.

Je me redis vite compte que Brassens chantait plus vite que je n’écrivais et me vis rapidement dans l’obligation de retirer régulièrement le bras du disque le temps d’écrire les deux ou trois vers que j’avais saisis. Après quoi je devais reposer le saphir sur le disque, légèrement en arrière de l’endroit précédent. Il n’y avait même pas ce système moderne qui permettait de relever le bras pour ensuite le faire redescendre à peu près au même point…

Mais quel bonheur ! Je garde un excellent souvenir de cette soirée. J’ai, ce soir-là, pu écouter et retranscrire les mots de Brassens.

Je me souviens de son propriétaire à qui il devait trop de sous, qui le chassait de son toit. Mais Brassens s’en foutait car il avait rendez-vous avec vous !

Je me souviens de l’arbre au pied duquel il était heureux, de sa femme qui laissait des cailloux dans les lentilles, de sa pipe, sa belle pipe en bois, de sa mansarde sous les toits.

Je revois encore les images qui se dessinaient dans ma tête ce soir-là.

Je revois évidemment le gorille derrière sa grille et toutes les bonnes femmes apeurées qui s’enfuyaient.

Et ce soir-là, j’ai écouté une magnifique histoire. Tiens, je vais vous la raconter.

C’est l’histoire d’un type qui est chez lui, tranquille. C’est le soir, il fait nuit et il pleut. Dehors, il y a un orage épouvantable et sa voisine, qu’il connait à peine, a peur des éclairs. Elle débarque donc chez lui en chemise de nuit vaporeuse et lui explique qu’elle a la trouille. Pas farouche pour un sou, elle se colle contre le monsieur qui n’en demandait pas tant. Imaginez comment la soirée s’est terminée. Point cocasse de l’histoire, le mari de la dame en question est vendeur de paratonnerres et il a profité de l’orage pour aller démarcher chez les particuliers, histoire de faire monter son chiffre d’affaires. Au petit matin, la dame repart chez elle « faire sécher son mari » et donne rendez-vous à son voisin au prochain orage. Le gars attend, guette le ciel, mais Jupiter le voit autrement et n’envoie plus d’éclairs. Pire même, le couple déménage et s’en va dans des pays où il ne pleut jamais, car pendant la fameuse nuit, le vendeur avait fait fortune, tellement il avait vendu de paratonnerres.

Quelle jolie histoire ! Et comme elle était si bien racontée. Je ne sais combien de fois je l’ai écoutée, et combien de fois depuis je l’ai chantée, dans ma douche, ou ailleurs (Comme Oncle Archibald que j’adore hurler sous le jet d’eau).

« En bénissant le nom de Benjamin Franklin
Je l’ai mise en lieu sûr entre mes bras câlins
Et puis l’amour a fait le reste
Toi qui sèmes des paratonnerres à foison
Que n’en as-tu planté sur ta propre maison
Erreur, on ne peut plus funeste. »


Tiens, en parlant de Benjamin Franklin, l’histoire officielle raconte que c’est le 15 juin 1752 qu’il inventa le paratonnerre à Philadelphie.

Mais cette date précise est remise en cause, de même qu’est remise en cause la paternité de l’invention par Franklin lui-même. Cocorico, le premier paratonnerre aurait été mis au point par un Français : Jacques de Romas.

Mais c’est un Américain qui a raflé la mise !

14 Juin 1777 – Evaluation de géométrie

Objectifs : Dessiner à la règle en utilisant un descriptif détaillé.

Capacités :
* Savoir lire un énoncé de problème

* Savoir utiliser des instruments de géométrie,

* Connaitre et utiliser un vocabulaire adapté,

* Maitriser la notion de proportions et la règle de trois,

* Effectuer un tracé précis

* Savoir colorier sans déborder.

 

Temps imparti : * Deux heures.

 

1°) Tracez un rectangle ABCD de largeur l et de longueur L = 1,9 X l

2°) Sur la longueur AB, placez un point E tel que AE= 2/5 L.

3°) Sur la largeur DA, placez un point F tel que FA = 7/13 l

4°) Tracez (d1) parallèle à AB passant par F.

5°) Tracez (d2) parallèle à DA passant par E.

6°) (d1) et (d2) se coupent en G.

7°) Définissez ainsi le rectangle AEGF.

8°) Dans l’hexagone EBCDFG, tracez 12 parallèles à AB, espacées chacune de l/13

9°) Coloriez les bandes alternativement en rouge et blanc en commençant par une bande rouge (si vous n’avez pas fait d’erreur, vous devez terminer par une bande rouge).

Le rouge à utiliser est le rouge « Old Glory »( #C30C3E ou (195, 12, 62) en code RGB). Le blanc est un classique #FFFFFF ou (255, 255, 255)

10°) Partagez le rectangle AEGF en 12 bandes verticales de largeur AE/12 et 10 bandes horizontales de largeur AF/10.

11°) A l’intersection de la première ligne horizontale et de la première ligne verticale, dessinez une étoile blanche de diamètre l x 0,062. Sur la même ligne horizontale, faites de même avec les verticales 3, 5, 7, 9 et 11.

12°) Répétez ce modèle aux lignes horizontales 3, 5, 7 et 9.

13°) A l’intersection de la deuxième ligne horizontale et de la deuxième ligne verticale, dessinez une étoile blanche de diamètre l x 0,062. Sur la même ligne horizontale, faites de même avec les verticales 4, 6, 8 et 10

14°) Répétez ce modèle aux lignes horizontales 4, 6 et 8.

15°) Si vous ne vous êtes pas trompé, vous devez avoir tracé 50 étoiles (5 bandes de 6 étoiles et 4 bandes de 5 étoiles)

16°) Coloriez les étoiles en blanc (#FFFFFF ou (255, 255, 255)).

17°) Le reste du rectangle AEGF sera colorié en bleu « Old Glory » ( #00204 ou (0, 32, 78) en RGB).

18°) Histoire de voir ce que ça donne, photographiez ou scannez la figure obtenue et envoyez-la par mail à l’adresse jmb@amor-fati.fr. je serais curieux de voir le résultat…


Normalement, si je ne me suis pas trop mal débrouillé, et vous aussi, vous devriez avoir dessiné le drapeau officiel des Etats-Unis, dont le nom est « The Star-Spangled Banner » (bannière étoilée) , surnommé « Stars and Stripes » (étoiles et bandes).

Le premier drapeau des Etats Unis a été adopté le 14 Juin 1777. Il ne comptait que 13 étoiles. Les 13 bandes représentent les 13 états fondateurs. A noter que les bandes rouges et blanches sont cousues entre elles et non imprimées alternativement pour symboliser l’union scellée entre les états fondateurs.

13 Juin 1936 – Le zèbre des corons

On m’avait dit « Tu le trouveras au Club House du Golf de Hossegor, il y est tous les matins ! »

Alors, sans le prévenir, et en faisant confiance à mes contacts, j’avais pris le train le lundi soir, dormi à l’Hôtel 202, à cinquante mètres du parcours de golf et à neuf heures pétantes le mardi matin, je me présentai au Club House.

Il était là, reconnaissable à son casque de cheveux blancs.  Un café crème devant lui, l’Equipe posé sur ses genoux et sa canne appuyée à son fauteuil.

Intimidée, je n’osai pas m’approcher de lui. Mon grand-père m’avait tellement parlé de lui. C’était son idole dans son jeune temps. Il n’y avait pas la télé dans les maisons mais il était partout. Dans les journaux, à la radio, tout le monde parlait de lui et de ses exploits. C’était sûrement, avec Poulidor et le Général de Gaulle, le plus populaire des Français.

Pensez donc : je me suis documentée avant de venir le rencontrer. Jetez un œil à ce palmarès : neuf records du monde, dix-sept records d’Europe. Il a amélioré quarante-trois fois ses propres records de France. Et je n’aurais pas assez de place dans cet article pour énumérer ses victoires et ses titres. Sachez quand même qu’il a été désigné par le journal L’équipe comme « Champion des Champions français » en 1960, 1962 et 1965. Commandeur de la légion d’honneur, il est également Grand Officier de l’ordre du mérite depuis novembre 2015.

Autant vous dire que je n’en menais pas large en m’approchant de lui.

« Bonjour, excusez-moi de vous déranger.

— Mais vous ne me dérangez pas, j’aime parler, alors, si vous voulez discuter, c’est avec plaisir.

— Je m’appelle Clémence Berthier et je travaille pour « Le quotidien du sport ». Un petit journal qui traite de l’actualité sportive et des anciennes gloires du sport français.

— Ancienne gloire ? Oui, vous avez frappé à la bonne porte !

—  Je suis heureuse, honorée mais aussi très intimidée de me trouver près de vous.

— Oh ! Il n’y a pas de quoi vous savez, je ne suis pas le monstre que vous imaginez. Regardez-moi, je suis un papi comme tous les papis. Je vais sur mes quatre-vingt-cinq ans, pour le moment, la maladie m’a épargné, que ce soit le COVID ou d’autres cochonneries. Oui, un peu de diabète c’est vrai. Comme tous les papis de plus de quatre-vingts ans je suppose ! Alors, de quoi pourrais-je me plaindre, vous pouvez me dire ?

— Bien sûr ! C’est vrai que vous paraissez en pleine forme.

— Oh, il n’y a que mes jambes qui me soucient. Vous voyez cette canne ? Je ne pourrais plus m’en passer maintenant. Ces jambes qui m’ont apporté la gloire… ce sont elles qui me trahissent aujourd’hui. Triste retour des choses !

— J’aimerais bien vous poser une question, mais je n’ose pas…

— Allons, ne faites pas la timide, vous avez fait le plus gros du travail en me disant que vous n’osiez pas.

— J’ai lu en préparant notre rencontre que vous étiez surnommé « le zèbre des corons ». Pouvez-vous m’expliquer pourquoi ce surnom étrange ?

— Oh c’est facile, en cherchant un peu, je suis certain que vous auriez pu trouver toute seule ! Allez, je vais vous mettre sur la voie… Les corons, ça ne vous dit rien ?

— Si, bien sûr, Pierre Bachelet, le Nord Pas de Calais, les mines.

— Voilà ! Mon père était mineur, et je suis né à Oignies, dans le Pas de Calais. Mais il ne s’occupait pas de moi. Quant à ma mère, elle travaillait à Lille, dans une brasserie. J’ai été élevé par Baboucha.

— Baboucha ?

— Oui, ça veut dire Grand-mère en polonais. Elle était de là-bas. Quant à Zèbre, puisque vous me connaissez, vous devez deviner…

— Oui, bien sûr. Courir comme un zèbre. Vous étiez le plus rapide à l’époque.

— Et ça a duré ! Mon record de France du 5000 mètres a tenu 11 ans ! Il n’a été battu qu’en 1976 !

— Par Jacky Boxberger, oui, j’ai lu ça dans le train !

— Exact. Mais zèbre, pas seulement pour cette raison.

— Ah bon, le zèbre a une autre caractéristique ?

— Oui. Il est zébré. Rayé.

— Et ?

— Il faut vous dire que je n’étais pas un bon élève à l’école. Je préférais jouer au foot avec les copains que d’apprendre mes leçons.

— Comme beaucoup d’enfants je suppose.

— Peut-être, oui, mais j’avais aussi mauvais caractère. Et quand mon instituteur me faisait des reproches, je le prenais très mal et je lui répondais parfois ironiquement et il n’aimait pas ça.

— Ah oui. A l’époque, on ne rigolait pas à l’école.

— Pour sûr ! Alors il me battait, me donnait des coups de baguette sur les fesses et sur le bas du dos. J’en ai toujours les marques, près de quatre-vingts ans plus tard. Voilà pour le zèbre. »

Nous avons ainsi discuté pendant une bonne heure. Il m’a parlé de tout, de son amour du football, de sa rivalité avec Michel Bernard, de sa médaille d’argent à Rome en 1960, de sa déception de Tokyo en 1964 où il n’a fini que quatrième au 5000, de sa fin de carrière consacrée au 2000 mètres. Puis il m’a parlé de sa reconversion. De son métier de typographe linotypiste pour le journal l’Equipe, puis de ses vingt-quatre années passées chez Perrier, chargé des relations publiques, avant de travailler pour Le Coq Sportif et Adidas.

Puis, sans que je m’y attende, il s’est levé, a ramassé son journal et sa canne.

« Merci beaucoup. Je suis heureuse d’avoir parlé avec vous ce matin. Franchement, je ne m’attendais pas à être reçue si gentiment malgré le fait que je ne vous ai pas prévenu de mon arrivée.

— Mais c’est la moindre des choses Mademoiselle. C’est un plaisir de rencontrer la jeune génération et de parler sport, athlétisme… et zèbre ! Bon retour à Paris !

— Oui, je vais commencer à rédiger mon article dans le train, en remontant.

— Vous me l’enverrez ?

— Bien entendu. Et je sais déjà le titre que je vais lui donner.

— Ah bon ?

— Oui, je vais l’appeler « Michel Jazy, le zèbre landais »

— Pas mal… Ou pourquoi pas « Le landais des corons » ?

— Pas mal aussi, je vais y réfléchir. Allez, au revoir Monsieur Jazy.

— Au revoir. Et n’hésitez pas à revenir si vous voulez parler encore. Vous savez où me trouver ! »


HISTOIRE VRAIE. Michel Jazy était le spécialiste français du demi-fond des années soixante. Il a marqué le sport français des années 1960, et ses tentatives de record du monde eurent même droit à des retransmissions télévisées. Il a terminé sa carrière en 1966 par un record du monde du 2000 mètres en 4 min 56 s 2. Michel Jazy est né à Oignies le 13 juin 1936.

12 Juin 1653 – Dix-sept à zéro

Mesdames et Messieurs bonjour !

Le ciel est clair et la mer est calme ce matin pour cette première journée de la rencontre qui opposera les forces du Commenwealth à celles des Provinces Unies. Je vous rappelle que la rencontre entre les deux équipes dure déjà depuis un an et que pour le moment, bien malin est celui qui pourra deviner qui sortira vainqueur de cette rencontre.

Pour mémoire, mais je sais que vous êtes des fidèles, je rappellerais que les Anglais, après un départ en fanfare, ont renvoyé chez elle la flotte hollandaise à la bataille de Shetland qui n’en fut pas une d’ailleurs, si je puis me permettre. Faute de combattants puisque les Hollandais ayant vite compris que les vents ne leur seraient pas favorables, avaient préféré faire demi-tour.

Au mois d’août dernier, l’Amiral Ayscue crut bien venir à bout de cette étonnante équipe des Pays Bas, mais fut cette fois mis en déroute à la bataille de Plymouth. Il faut dire que les Hollandais avaient mis à leur tête le fameux Amiral Michel de Ruyter qui avait déjà fait parler de lui lors de rencontres précédentes. Les dirigeants anglais durent bien se rendre à l’évidence que Ayscue n’était pas à la hauteur de la tâche qui lui était demandée et il fut licencié à la suite de cette défaite britannique. Un partout pourrait-on dire, si l’on se souvient que, de leur côté, les Hollandais avaient eux aussi mis sur la touche l’Amiral Tromp suite à ce match nul des Shetlands dont je vous ai parlé tout à l’heure.  Une mise de côté bien provisoire, puisque les dirigeants hollandais ont décidé de le réintégrer ce mercredi face aux terribles anglais.

L’équipe britannique aligne aujourd’hui pas moins de cent bateaux, divisés en trois escadres : la rouge à l’avant, la blanche au centre et la bleue à l’arrière. On note parmi les navires Le Centurion, le Tiger, le Phoenix, le President ou encore le Convertine, armé de ses quarante-quatre canons, excusez du peu ! Côté direction des opérations, on a fait appel à quatre des plus fameux amiraux : Monck, Deane, Lawson et Penn. Autant vous dire que rien n’a été laissé au hasard pour cette nouvelle rencontre. Les Anglais semblent bien décidés à laver l’affront de Plymouth qui leur reste, excusez-moi l’expression, en travers de la gorge !

De leur côté, les dirigeants des Provinces Unies ont décidé de redonner sa chance à l’Amiral Tromp, écarté, je vous le rappelle il y a un an à la suite de la bataille de Shetland. Vous vous souvenez j’espère, que Maarteen Tromp n’est pas le premier venu. Il commandait déjà la flotte néerlandaise pendant la guerre de Quatre-vingts ans contre les espagnols lors de la bataille des Dunes. C’est lui qui a mis à l’eau, si j’ose dire, la suprématie espagnole sur les mers du globe. Autant vous dire qu’il s’agit là d’une pointure, certes en fin de carrière, dont les Anglais devront se méfier. Mais la confiance néerlandaise en Tromp n’est pas totale, puisqu’il sera secondé par le Vide Amiral Witte de With qui n’est pas non plus le premier venu.

Mais voici les bateaux qui pénètrent à Gabbard Bank, petit détroit entre la côte Ouest de l’Angleterre et les Pays Bas. Au large du Soffolk pour ceux qui aiment la précision. D’après ce que j’ai entendu dans des milieux autorisés, les Anglais ont l’intention d’utiliser ce qu’on appelle la tactique de la ligne de bataille, c’est-à-dire d’aligner à la queue leu leu les cent navires de la flotte afin de bloquer la défense néerlandaise et de la noyer sous un flot de boulets tirés depuis tous les bateaux alignés. Une tactique qui a déjà fait ses preuves dans nombre de batailles et qui avait d’ailleurs permis à Tromp de remporter la fameuse bataille des Dunes.

Chers amis, je vais maintenant devoir vous laisser pour me mettre à l’abri, car, je le vois déjà à l’horizon, les Hollandais ont décidé d’attaquer les premiers pour tenter de surprendre la défense de la perfide Albion. Et si j’en crois ce que disent certains de mes confrères qui couvrent également l’événement, il vaut mieux se tenir à l’écart, car les boulets vont voler bas aujourd’hui, et certainement demain. On verra bien la suite des opérations.

C’était Dennis Elbe, envoyé spécial au Gabbard. Je vous souhaite une bonne journée et vous donne rendez-vous demain pour un résumé complet de la rencontre.

 


Hé bien, me revoilà pour vous annoncer la victoire écrasante des Anglais par dix-sept bateaux coulés à zéro. Autant vous dire que la marine hollandaise a subi là un sérieux revers. Cette victoire britannique leur permettra surement d’asseoir leur supériorité sur la Manche et la Mer du Nord. Si aucun de leur navire n’a été coulé, les Anglais doivent néanmoins déplorer la mort de l’Amiral Deane. Une petite pensée pour sa famille.


HISTOIRE VRAIE : La bataille de Gabbart eut lieu les 12 et 13 Juin 1653 et vit la victoire incontestable de la marine anglaise. Après la bataille, les Anglais furent en mesure d’imposer un blocus à la côte des Provinces-Unies, capturant les navires marchands et paralysant l’économie hollandaise. Afin de briser ce blocus les deux flottes se retrouvèrent à la bataille de Scheveningen. L’amiral Tromp y trouva la mort.

11 Juin 1955 – Les billets de l’Oncle Paul

Je me souviens de ce jour où l’oncle Paul est venu à la maison. C’était au mois d’avril, pendant les vacances de Pâques. Il commençait à faire beau. Maman avait préparé un poulet avec des patates sautées et nous avions mangé dehors. La table avait été dressée de bonne heure sous la tonnelle. Une grande nappe blanche et un immense bouquet de fleurs jaunes et rouges au milieu. On aurait dit un mariage alors que c’était un dimanche comme les autres. Mon frère Claude et moi avions été chargés par maman de placer des bouteilles d’eau aux quatre coins de la table pour que le vent ne s’engouffre pas et ne fasse s’envoler la nappe.

Le frère de papa et sa femme étaient arrivés juste avant midi. De ma chambre, j’avais entendu leur voiture rouler sur les petits cailloux blancs de la cour. J’avais couru jusqu’à la fenêtre, et je l’avais vue s’arrêter devant la porte. Une Mercedes 300 SL Gullwing. Je me souviens très bien du nom qui me faisait rigoler. Maman m’avait expliqué que ça voulait dire « Aile de mouette ». Et effectivement, les deux portes ne s’ouvraient pas dans le sens de la voiture, mais vers le haut, et lorsque les deux portières étaient relevées, la voiture entière ressemblait à un oiseau aux ailes déployées. Une vraie voiture de course, disait papa.

Il faut vous dire que mon oncle Paul et sa femme Clara étaient des fous de voitures. Le père de Clara était un riche industriel alsacien et Paul avait été nommé directeur général de la succursale de Tours. Avec le salaire qui allait avec évidemment ! Presque tous les ans, mon oncle et ma tante s’achetaient une voiture neuve. Une voiture pour eux deux, pour qu’ils puissent se faire plaisir et rouler à toute vitesse, cheveux au vent quand ils le pouvaient. Juste avant, ils avaient eu une Chevrolet Corvette blanche décapotable. L’inconvénient de ces voitures était qu’elles n’avaient que deux places et nous, les enfants, nous ne pouvions que rêver ou monter dedans à l’arrêt. Paul ou mon père refusaient de nous voir dans ces voitures sur la route. Beaucoup trop dangereux. Mon oncle et ma tante avaient également une Delage rouge bordeaux. Ils l’utilisaient lorsqu’ils partaient en vacances avec mon cousin Jacques et ma cousine Sylvie.

Mais ce dimanche-là, les enfants n’étaient pas venus. Ils étaient partis en vacances à Colmar, chez les parents de ma tante Clara.

Comme d’habitude, le repas avait été animé. Papa et mon oncle Paul avaient parlé voitures, puis politique. Les événements d’Algérie évidemment avait tenu une bonne place dans la conversation. Papa se demandait si ça n’allait pas bientôt être son tour de devoir partir là-bas. Il n’est parti qu’en mai 59, juste quatre ans plus tard.

Maman et Tante Clara, de leur côté, s’étaient occupées de nous et de la cuisine. Le rôle des femmes de l’époque ! Servir à table, débarrasser, faire la vaisselle, ranger, sortir les assiettes, couper le gâteau. Maman n’avait appelé papa à la cuisine que pour découper le poulet. Un travail d’homme disait-il souvent !

A la fin du repas, Paul avait pris son air mystérieux.

« Asseyez-vous tous, dit-il. Clara et moi avons une surprise pour vous.

Leurs yeux brillaient. Mon frère et moi étions aux premières loges, les yeux rivés sur les lèvres de notre oncle qui allait nous délivrer la bonne parole.

— Une minute, avait crié maman de la cuisine. J’arrive avec le café !

— Prends la bouteille de goutte en passant, avait ajouté papa du bout de la table.

Maman était arrivée les bras chargés, avait déposé la cafetière et la bouteille et s’était assise à son tour. Clara lui avait pris le bras et les deux femmes regardaient leurs deux hommes. L’une savait ce qui allait se passer, l’autre pas.

— Voilà, avait dit Paul. Vous savez que je suis ami avec le fils du cousin de Jean-Marie Lelièvre, le président de l’ACO.

— L’ACO, c’est quoi ? avait demandé mon frère aussitôt.

— C’est l’Automobile Club de l’Ouest.

— Et ? avait demandé papa qui s’impatientait.

— Et il m’a offert des places pour les vingt-quatre heures du Mans.

— Parfait, tu en as de la chance, avait ajouté papa en se saisissant de la cafetière.

— Il m’a offert quatre places. Et Clara et moi avons pensé que vous pourriez laisser les enfants chez tes parents et venir avec nous.

— Pourquoi pas ? Bonne idée, avait dit papa. Quelle date ?

— Le 11 juin !

C’est Clara qui avait répondu à la question de maman, en lui pressant le bras.

Je me souviens du regard que papa et maman s’étaient lancés à ce moment-là. Papa savait ce que maman allait dire, mais ne voulait pas l’entendre. Son frère avait les yeux qui brillaient, heureux de faire partager sa passion à mes parents.

— Le 11 juin, c’est l’anniversaire de ma mère, avait dit maman d’une toute petite voix, comme si cette annonce lui coûtait.

— C’est pas grave, avait répondu mon oncle du tac au tac, tu lui souhaiteras la semaine suivante.

— Pas possible, avait rétorqué papa à regret. Il y a un repas de famille de prévu avec les deux frères et la sœur de Martine. Sa sœur ainée habite en région parisienne et ils viennent exprès.

— La date est bloquée depuis bientôt trois mois, avait ajouté maman.

—  On est vraiment désolés, Paul, avait dit papa en tapant sur l’épaule de son frère. Mais que veux-tu, la belle-mère passe avant tout, tu le sais bien !

— Comme on dit, avait rigolé Paul, le mariage, ce n’est pas la mer à boire, mais la belle-mère à avaler !

Et tout le monde avait ri de bon cœur.

— Hé bien tant pis, avait conclu Clara, on ne peut pas changer la date des vingt-quatre heures !

— On ira avec les enfants, avait conclu mon oncle Paul. On leur mettra du coton dans les oreilles parce que nous avons des places au plus près de la piste, juste au début des stands, un peu avant la ligne d’arrivée et ça risque d’être très très bruyant !

— Vous nous raconterez, avait dit papa, cachant comme il pouvait sa déception. En tout cas, merci encore de nous avoir proposé. On aurait adoré, mais vraiment, ce n’est pas possible.

— L’année prochaine alors, avait dit Clara. Dès qu’on connait la date, on vous le dit et vous bloquez votre week-end !!

— Parfait, avaient dit papa et maman d’une même voix. On fait comme ça !

— Allez, ressers-nous un coup de calva et on y va, avait souri Paul à mon père ! »


Je n’ai jamais revu mon oncle Paul ni ma tante Clara. Je n’ai jamais revu non plus Jacques et Sylvie, mes cousins de Tours.

Le 11 juin 1955 à 18h28, quatre voitures se percutèrent à plus de deux cents kilomètres à l’heure à la sortie du virage « Maison blanche », juste à l’entrée des stands. L’accident impliqua Lance Macklin, Mike Hawthorn, Juan Manuel Fangio et Pierre Levegh. La Mercédès de ce dernier pilote s’envola littéralement, utilisant l’Aston Martin de Macklin comme un véritable tremplin. La voiture, après avoir fauché plusieurs commissaires de course, termina son vol dans la foule massée près d’un muret.

Cet accident fit quatre-vingt-quatre morts dont plusieurs enfants et plus de cent vingt blessés. Mon oncle Paul, ma tante Clara, mon cousin Jacques et ma cousine Sylvie firent partie des victimes.

C’est l’accident le plus important de toute l’histoire du sport automobile.

A la suite de cet accident, Mercédès se retira de la course automobile. La marque allemande ne revint au Mans qu’en 1998, soit quarante-trois ans plus tard !

%d blogueurs aiment cette page :