Lire Aller(s)-Retour(s)

Avant de commencer…

Tout d’abord, merci de visiter cette page.

Vous allez démarrer la lecture de Aller(s)-Retour(s), deuxième roman (et non second) de la série Paramètres.

Si vous avez lu les aventures de Clotilde et Benjamin, vous ferez rapidement le lien entre le Clément de Aller(s)-Retour(s) et celui de Paramètres.

Cela vous permettra de mieux comprendre certaines allusions ou certains non-dits.

Si vous n’avez pas lu Paramètres, ce n’est pas grave. Vous allez vous en sortir quand même, aucun soucis !

L’explication claire arrivera plus tard.

Néanmoins, si vous souhaitez lire Paramètres, n’hésitez pas, tous les liens sont ici, dans la boutique !

On y va ? Voici aujourd’hui le chapitres 5. ( n’oubliez pas que j’écris toujours des chapitres courts…).

Les commentaires sont ouverts au bas de cette page. N’hésitez pas à écrire ce que vous pensez…

 

– 01 –

Marseille, vendredi soir dix-sept heures. Clément accroche son vélo au poteau électrique en bas de chez lui. On lui en a déjà fauché deux, ça suffit comme ça.

Le premier, c’était lors d’un arrêt de quelques instants, le temps de prendre une demi-baguette à la boulangerie Meunier. Marrant, Meunier pour un nom de boulanger. Ça l’a toujours fait sourire. Mais ça ne fait peut-être sourire que lui !

Le second, c’était au parc du Grand Séminaire, cher à Gaston Deferre, le mythique maire de la ville pendant trente-cinq années.  Aujourd’hui mairie du 13ème arrondissement de la ville, l’aile ouest du bâtiment était en cours de restauration. Un partenariat entre la mairie de Marseille et l’école d’architecture de Clément. Le temps de courir, de prendre une mesure rapide pour un plan et de revenir, et l’engin avait disparu. Volatilisé dans les rues marseillaises. Son unique moyen de déplacement gratuit et pratique s’était évanoui le temps d’une prise de note. Il allait devoir marcher, prendre le bus ou le métro mais le jeune homme a horreur des transports en commun.

Depuis deux semaines maintenant, Clément se déplace sur un nouveau vélo, acheté d’occasion : un demi course vert et bleu, super pratique pour ses déplacements quotidiens. Une petite annonce lue dans Le Provençal au bistrot en bas de chez lui, un coup de fil depuis la cabine de la place Jean Jaurès et l’affaire était entendue. Arraché pour quatre-vingt-cinq francs, de haute lutte. Une affaire ! Donc Antivol bien accroché ! Il retire le bas du pantalon de sa chaussette (depuis qu’il lave le linge lui-même, ce petit geste est devenu une nécessité…), se passe la main dans les cheveux et, après avoir vérifié le contenu de sa boite aux lettres, s’engouffre dans la cage d’escalier étroite et sombre de chez lui.

 

– 02 –

Il lâche ses clés, quelques pièces de monnaie et une pochette d’allumettes dans le vide-poche de l’entrée. Très pratique ce truc. C’est une vieille habitude de famille. Près de la porte, chez lui, chez sa mère ou chez sa sœur, on trouve un récipient quelconque, plus ou moins joli, posé sur un tabouret, un petit guéridon, ou une table de nuit réhabilitée. Il sert à recueillir tout ce qui peut traîner et alourdir les poches, c’est-à-dire les déformer comme le faisait remarquer sa grand-mère Renée, couturière jusqu’à son dernier souffle à soixante-dix-huit ans. Chez lui, c’est un pot de chambre en émail jaune et bordé de vert qui fait office de vide-poche. On y trouve quelques vis, un billet de cinq francs, toute une collection de pochettes et de boites d’allumettes, trois paquets de cigarettes vides, quelques chewing-gums, un malabar, trois clés, dont celles des antivols des deux vélos volés et une mystérieuse, cinq numéros de téléphone inscrits sur des morceaux de papier improbables et une fève gagnée lors du dernier tirage des rois en janvier dernier chez sa sœur. Le vide-poche se range, se nettoie, se purge, comme vous voulez, à des fréquences aléatoires et à des périodes inattendues.

Clément dépose le courrier sur le bord du vide-poche et file dans la cuisine. Une grosse faim le tenaille depuis la sortie des cours et il est plus que temps de faire quelque chose. C’est que, l’air de rien, les études, ça creuse ! Il vient juste de terminer sa journée. Sa journée d’étudiant. Archi. C’est la nouvelle formation qu’il suit. L’un des métiers qu’il a toujours voulu faire. Petit garçon, lorsque la question lui est posée, il répondait pompier, pilote de course, chanteur ou architecte. Cette fois-ci, ce sera architecte. Clément en est actuellement au milieu de la course, en fin de troisième année. La journée assis le cul sur une chaise, en cours, à écouter, regarder, décortiquer, comprendre, prendre des notes, dessiner des schémas, calculer des portances, des centres de gravité, des poids, des masses, des résistances au vent, à la pluie, aux orages, aux tremblements de terre, aux tsunamis, des études de sols et de sous-sols. Quelques sorties sur le terrain, et le boulot le soir pendant deux ou trois heures. Travail personnel, étude de dossiers, tracé de plans et d’écorchés. Révisions, exercices de physique. Les derniers exams vont bientôt arriver et pas question de se planter.

 

– 03 –

Rapidement, comme un étudiant, Clément se prépare une grande casserole de coquillettes. Il adore ça ! Miettes de thon à la tomate, coquillettes jambon, un yaourt et un fruit. Voilà son menu préféré. Quand il a du boulot, comme c’est le cas actuellement.

Sinon, il ne crache pas sur un bon petit plat comme sait les faire Nicole, sa maman chérie et, comme il sait les faire lui-même. Depuis son enfance, sa mère lui a appris les rudiments de la cuisine. Surtout le salé. Le sucré, ce n’est pas son fort. Mais les plats en sauce, les poissons, les quiches et autres tourtes, il sait faire. Et cuisiner pour dix, quinze ou vingt personnes ne lui fait pas peur. Ses amis le savent bien. Lors de plusieurs soirées, il a été mis à contribution pour préparer des dizaines de hamburgers ou d’immenses plats de bolognaises. Il connait même des petits trucs bien à lui, comme ajouter un zeste d’orange dans l’osso-bucco ou mettre une demi-cuiller à café de cacao dans le chili. Des petites bricoles dont il n’est pas peu fier. Sur le frigo de sa cuisine, trône le bouquin de Françoise Bernard « Les recettes faciles ». L’indispensable de la bonne ménagère, comme dit sa mère. C’est un livre qu’il a toujours connu, qu’il a toujours vu chez ses parents. Et même chez sa grand-mère maternelle !  Un peu comme « J’élève mon enfant » de Laurence Pernoud chez les jeunes mamans. Il y a des inévitables, des impondérables. Malgré les vingt-deux ans à peine de son propriétaire, ce livre a déjà bien vécu et les pages portent les stigmates du cuisinier en herbe ; sauce tomate, feuille de laurier séché et différentes traces de différentes sauces. Clément ouvre cette bible de cuisine à la moindre occasion, quand il est seul, pour se faire plaisir, ou quand sa sœur passait le voir pour un dîner improvisé. Ce qui n’arrivera plus de sitôt, puisqu’elle est partie continuer ses études à Toulouse.

Elle, son truc, c’est les avions ! Alors ? Toulouse !

– 04 –

« Maman ? Salut Madame ma mère ! Comment va ?

Clément a un rendez-vous téléphonique avec sa mère chaque mercredi soir à vingt heures. C’est une tradition familiale, une habitude qu’ils ont prise quand il a commencé ses études à Marseille. Entre Nicole et sa mère, c’était une autre tradition dont elles ont usé et abusé pendant des années : juste trois sonneries, chaque soir à vingt heures, histoire de dire : je pense à toi. Sympa dans le principe, mais quel fil à la patte ! Clément n’a pas souhaité cet esclavage téléphonique.  D’un commun accord, ils ont opté pour cette solution. Pas de téléphone à la maison. Clément n’en a pas vraiment besoin. Et puis pour Nicole, c’est quand même moins onéreux. Le téléphone, c’est cher, et c’est elle qui paie les factures !

Quant à Internet, ils ne sont pas équipés, ni l’un ni l’autre. Clément y a juste accès à l’école, mais les équipements sont peu nombreux et il faut attendre longtemps pour avoir un créneau. Et puis de toute façon, l’informatique et lui, ça fait deux, même s’il est conscient que l’outil sera indispensable à son futur métier.

La cabine est libre. Heureusement ! La semaine dernière, une jeune fille, étudiante en anglais que Clément connait juste de vue a retardé son appel hebdomadaire de près d’une demi-heure. Clément s’était éloigné mais avait néanmoins gardé sa place, car à cette heure-là, les cabines libres sont rares. Alors, même sans le vouloir, sans le faire volontairement, il avait entendu des bribes de conversations. Et la jeune étudiante ne téléphonait pas à ses parents ! Un peu gêné d’être le témoin d’une conversation intime, Clément avait fait les cent pas à quelques dizaines de mètres de la cabine. Lorsque la jeune fille était ressortie en larmes de la cabine, Clément lui avait juste adressé un sourire gêné. Elle est plutôt mignonne, s’était-il surpris à penser.

Et elle s’appelle Lise. Joli prénom !

– 05 –

Tout le long de la semaine, Clément met de côté ses pièces de un franc, vingt et cinquante centimes pour le téléphone. Dans un sous-vide-poche contenu dans le vide-poche de l’entrée. Dès qu’il remonte de la boulangerie, hop, la monnaie dans le sous-vide-poche pour le téléphone du mercredi. Ça évite d’être pris au dépourvu.

— Bonsoir mon chéri, je suis contente de t’entendre, une semaine c’est long.

La conversation avec Nicole commence toujours comme ça. Son Clément, c’est quelqu’un, et elle ne manque pas de le lui dire chaque semaine.

— Je sais maman, pour moi aussi, mais tu sais que le téléphone c’est cher. Je t’ai écrit dimanche, tu devrais recevoir ça demain surement, j’ai posté ma lettre hier matin.

— Quel temps as-tu là-bas dans le sud ? Parce qu’ici, c’est pas le grand beau, on ne peut pas dire.

— Magnifique, ça fait une bonne semaine maintenant que le ciel n’a pas un nuage. Mais tu sais, je suis en cours dans la journée et en révision le soir, alors ça ne change pas grand-chose pour moi ! Et vous ? Qu’est-ce que ça donne ?

— Le temps ? Gris, gris et froid. Un temps de Normandie, que veux-tu. Daniel et moi, on descend quand même faire notre tour de mer tous les soirs, mais il y a des jours où il faut vraiment vouloir.

— En même temps, la Normandie…

— Oui je sais, mais bon, tu l’aimais bien ta Normandie quand tu étais ici. Et toi, mon pauvre ?  Je pense bien à toi. Bientôt terminé, bientôt en vacances ? Tu viens toujours dans deux semaines ?

— Oui oui, Je termine les derniers devoirs jeudi de la semaine prochaine. Faut juste que je passe à la gare réserver mon billet, il risque d’y avoir du monde.

— Tu arriveras quand, tu as une idée ?

— Vendredi en début de soirée, je pense, mais je te redirai ça quand j’aurai mon billet.

La conversation continue ensuite quelques minutes : bulletin de santé de chacun, des nouvelles du chat, quelques petits potins normands, des commentaires à propos de la mort de Elie Kakou que Nicole adorait.

— Je n’ai plus de pièces maman, je te fais de gros bisous. Je file.

— Moi aussi, je t’embrasse mon grand. Travaille bien et fais attention à toi.

— Pas de soucis, m’man. Toi aussi.  Prends soin de toi. Embrasse Daniel pour moi.

Clément raccroche, récupère les deux pièces de vingt centimes qui viennent de retomber dans l’appareil et sort de la cabine. En bas de chez lui, il croise la jeune fille de la semaine dernière, un petit tas de pièces à la main. Elle va certainement téléphoner. Décidément, elle est mignonne, Lise, se dit Clément.

—  Si tu as un peu de temps après ton coup de fil, monte prendre un café si tu veux.

Clément n’en revient pas lui-même ! Il ne se croyait pas capable d’un tel aplomb. Pourtant, c’est bien lui qui vient d’inviter Lise à monter chez lui.

La jeune fille se retourne, surprise. A peine rougissante.

— Oui, avec plaisir. Pourquoi pas ? C’est à quel étage ?

— Quatrième, en face de l’escalier.

— OK, à tout à l’heure.

C’est bien beau d’inviter, il faut assumer maintenant. Clément se précipite dans l’escalier. S’il veut faire un semblant de début de commencement de ménage, il n’y a pas une seconde à perdre.

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