Salut Nana !
C’est la première fois que ce texte n’a rien voir avec la photo. Mais tout est permis, nous dit souvent Alexandra K. Alors, cette semaine, je ne pouvais pas écrire autre chose. Qu’importe la photo… Mais allez lire les autres textes. Ils vous raconteront sûrement des jolies histoires autour de ces deux petites filles.

J’ai appris mercredi soir que tu étais partie. Partie pour un lieu que personne d’entre nous ne connaît encore. Tu es la première de notre petite équipe que nous formions il y a maintenant une trentaine d’années. A l’époque, et même plus récemment encore, personne n’imaginait que nous allions partir un jour. Nous nous pensions immortels, intouchables. Ta mort nous fait tous retomber sur terre, toucher la réalité du bout des doigts. Nous sommes donc comme les autres.
Lourde est la chute.
Cette photo, ce n’est pas toi, évidemment, mais elle me renvoie vers toi, comme tout me renvoie vers toi depuis mercredi. Je pense que quelque soit la photo proposée, le texte aurait été le même ! J’aurais pu faire semblant, chercher un lien avec toi, inventer une histoire… A quoi bon ?
J’aimais tes yeux, j’aimais ton sourire, j’aimais notre complicité, nos conneries d’étudiants et de jeunes adultes.
J’aimais ton rire. Ah ton rire ! Je l’entends encore, même s’il y a plus de dix ans que je ne l’ai pas entendu, car la vie nous a séparés. Je ne saurais à quoi le comparer. Il était incomparable ton rire : joyeux, aigu, cristallin, long, rebondissant, explosif, contagieux…
Je ne veux pas faire dans le pathos. Je veux juste te dire que je t’aimais beaucoup, que tu étais une perle au milieu de notre groupe de normaliens et que tu me manques. Pendant plus de vingt ans, on s’est fabriqués suffisamment de souvenirs pour que tu sois présente dans ma tête. Ton visage, ta voix, ton rire. Tout est là, bien au chaud dans ma mémoire, et n’en sortira pas de sitôt.
Je regrette douloureusement qu’on m’ait caché ta mort, qu’on ne m’ait pas autorisé à penser à toi au moment de la cérémonie. Que personne ne m’ait prévenu. Pour être sûr que je ne vienne pas sûrement. Juste un oubli ? Non. Ça, je ne peux pas le croire.
Double peine. Double blessure.
Je pense à toi depuis que je sais où tu es. Nul ne peut m’en empêcher maintenant. Un jour, quand mon tour sera venu, je te retrouverai. Nous parlerons ensemble de nos années d’école normale, de nos souvenirs de jeunes parents, de Golf GTI, de Porsche, de la maison de Saint Aubin, de mille choses qui ne me viennent pas immédiatement à l’esprit mais qui reviendront bien vite, j’en suis certain.
Et, du plus loin que je t’apercevrai, pour annoncer mon arrivée, je te crierai d’une petite voix :« Salut Nana ! »
A Lydie.
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