amor-Fati,  Atelier d'écriture

Au 4, Brighton Road

Voilà.. Troisième atelier de Bricabook… Comme l’homme de la photo, je me suis interrogé longuement sur ce que j’allais écrire. Et puis la lumière est venue d’un seul coup.. Bonne lecture et à la semaine prochaine, ou avant !!!

Les autres textes sont ici : http://www.bricabook.fr/2017/09/atelier-decriture-n276/


© Romaric Cazaux

C’était en juin 1997. Après avoir passé plusieurs années à Londres, le révérend James Mother venait juste d’être nommé dans cette petite paroisse du Norfolk, non loin de Norwich. On lui avait attribué un petit logement très lumineux au 4 Brighton Road, non loin de l’église. Une jolie maison anglaise avec une bow-window en façade et un petit jardin à l’arrière. Deux massifs de fleurs, un bassin où nageaient quelques poissons rouges et un banc en bois. Comme dans les contes de fées. Ça le changeait du petit appartement londonien qu’il avait occupé pendant des années. Sous les toits, donnant sur une sombre cour.

Son église était pleine, les paroissiens étaient fidèles, les offices étaient tranquilles. On l’avait prévenu. Le bord de mer de l’est de l’Angleterre apporte paix et tranquillité aux habitants.

Et c’était exactement ce dont il avait besoin.

Il n’avait pas quitté Londres parce qu’il ne supportait plus la ville, ni parce qu’il avait rencontré des problèmes avec ses ouailles. Non. Rien de tout cela. Il avait quitté les églises de la capitale parce qu’il était en pleine crise spirituelle. Dieu existait-il vraiment ? Cet être uniquement supposé valait-il la peine qu’on y consacrât sa vie ? La quarantaine avait été un cap difficile à passer.  Après plus de vingt ans de sacerdoce, Il était un peu perdu. Et plus le temps avançait, plus le doute se faisait présent. Cette difficulté à accepter son âge venait s’ajouter aux doutes religieux. C’était la grosse crise de la quarantaine comme beaucoup d’hommes en connaissaient, à laquelle chaque prêtre était également confronté.

Il avait abandonné les textes liturgiques. La lecture de son bréviaire ne l’intéressait plus depuis longtemps. Il avait attaqué les romans policiers, les thrillers sanglants et même les livres à tendance légèrement érotique qu’il se procurait sous le manteau. Il avait bêtement pensé que ces genres de littérature allaient lui convenir, le faire sortir de ses doutes en le ramenant à une réalité terrestre plus certaine. Mais il s’était une nouvelle fois trompé. Son mal de vivre, son mal être étaient toujours présent.

Et puis un matin, alors qu’il était monté chercher une balance en cuivre dans le grenier pour faire des confitures, il était tombé sur une caisse de livres qu’il avait oubliée. Elle contenait quelques souvenirs de son enfance. Un plumier, une boite de billes, une balle jaune, une batte de cricket, des lunettes de soleil, un chapelet et quelques livres. Même si la redécouverte du petit chapelet argenté ramené de Rome par sa grand-mère lui avait fait un plaisir immense, c’était la pile de livres qui avait attiré son attention. Quelques contes de Grimm, un ouvrage des contes et légendes d’Ecosse, un vieux Mark Twain, une édition ancienne de David Copperfield que lui avait offerte son parrain pour ses douze ans et, tout au fond, un exemplaire en couleurs de Peter Pan.

Assis par terre comme un enfant, juste éclairé par la lucarne du toit, il avait passé deux bonnes heures à feuilleter les albums illustrés. A redécouvrir la prose de Dickens, à rechercher à travers les lectures les différents quartiers de Londres tels qu’ils existaient en 1850.

Et puis il avait ouvert Peter Pan.

Et s’était plongé dedans. Littéralement. Wendy lui parlait à l’oreille. Neverland devenait son domaine  le temps d’un après midi. Il combattait le capitaine Crochet, se retrouvait chef des enfants perdus et était l’ami passionné de la fée Clochette.

Lorsque la lumière devint trop faible pour continuer à lire, James se leva et emporta Peter Pan sous son bras pour le continuer dans son lit. Il avait envie de le relire entièrement avant de sombrer dans les bras de Morphée.

Vers vingt-trois heures, il referma le livre et s’endormit. Sa nuit fut agitée. Ses pas l’emportèrent au pays imaginaire. Il passa la nuit à voler d’arbre en arbre, à survoler la ville et la mer. En fin de nuit, il rencontra Clochette et parla longuement avec elle. Tout se mélangeait dans son sommeil : Peter Pan, Dickens, ses doutes spirituels.

Au sept heures, lorsqu’il ouvrit les yeux, une phrase lui sonna dans l’oreille. La dernière phrase que Clochette lui avait dite avant que la lumière du matin ne vienne le réveiller : « Si un jour tu me vois sortir de la lanterne sous le porche, c’est que Dieu existe. »

Et c’est ainsi que James Mother délaissa ses livres et le banc de bois du jardin pour passer ses moments de repos sous le porche de sa maison, les yeux fixés sur la lanterne.

Je l’ai encore aperçu hier en passant devant le 4, Brighton Road.

Souhaitons qu’un jour, il retrouve sa tranquillité et la paix de son âme.

Et si d’aventure, un jour, vous apercevez la fée Clochette sortir d’une lampe, vous saurez à quoi vous en tenir.

Loading

Remplissez ce formulaire pour vous abonner à la liste Amor-Fati.

Vous recevrez chaque nouveau texte publié directement dans votre boite aux lettres

N'hésitez pas à commenter !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

0
    0
    Mon panier
    Le panier est videRetour sur le site