amor-Fati,  Au fil des jours

La côte de Monrepos portait bien mal son nom (1)

Un texte assez long que je vous livrerai en deux fois.

 

Photo : Jean-Paul Bréhaut pour le site Pixabay.com

Pascal descendit de son vélo. La montée  était vraiment trop raide. Tous les jours, il empruntait le même chemin pour rentrer du boulot. Mais ce midi, après quatre heures d’atelier, la fatigue lui coupait les pattes.  Il en avait grimpé une petite moitié, debout sur les pédales, suant ce qu’il lui restait d’énergie. Il avait bien tenté de continuer en passant sur le petit plateau et le grand braquet, mais c’était encore pire. Il avait l’impression de mouliner, ça n’avançait pas. Pied à terre donc.

Cette fichue côte, il la montait tous les jours. Plus d’un kilomètre de grimpette à quatre pour cent. Quatre pour cent, ça n’a l’air de rien comme ça, mais après huit heures d’atelier, les mètres étaient longs.

Huit heures debout, à la chaîne de montage numéro 4 de l’entreprise Garnier et frères  Ca faisait bientôt quatre ans qu’il effectuait les mêmes gestes, tous les jours  Placer la plaque d’acier sous l’emboutisseuse, appuyer sur le bouton rouge qui déclenche la descente brutale du gabarit, maintenir  le tout quinze secondes, à nouveau presser le bouton, déplacer la plaque de quelques centimètres et recommencer. L’opération dure une quinzaine de secondes. Quatre pièces par minute, huit heures par jour.

Ce vendredi était un jour spécial. Un jour où il descendrait et monterait deux fois la côte. Aujourd’hui, il avait pris du temps sur sa pause de midi pour rentrer chez lui. Il attendait un colis et ne voulait rater son arrivée pour rien au monde. Dimanche était l’anniversaire d’Annie, sa chère et tendre et il avait commandé par internet un sac à main en cuir blanc écru et le portefeuille assorti. Il savait que c’était le cadeau qui lui ferait plaisir, que son vieux sac avait vécu et qu’il était temps de le remplacer. Hier, il avait vérifié sur le site où il avait effectué son achat. Le colis était bien parti et serait distribué ce vendredi matin.

La fête serait belle. Il avait invité ses beaux-parents, les enfants seraient là et dans sa tête, le menu était prêt. Coquilles Saint Jacques en entrée, un filet mignon de porc en croute et un vacherin glacé maison.

Il lui restait près de deux kilomètres avant d’arriver à la maison. Trois cents mètres de côte, puis une partie plus facile avant d’accéder au chemin privé de cent cinquante mètres qui menait à sa maison. Le mois de mai était beau cette année et la sueur lui coulait dans le dos, dessinant un sillon glacé sur l’arrière de sa chemisette pourtant largement ouverte. Pour se donner du courage, il sifflotait un air qu’il avait dans la tête depuis le matin. De cette façon, les minutes paraitraient plus courtes, d’autant plus qu’il n’avait que peu de temps. Il faudrait pointer à l’atelier avant treize heures trente.

La pendule de l’église marquait midi vingt-cinq lorsqu’il déboucha sur la place du village. A droite, puis à gauche et deux fois à droite et il serait dans l’allée de chez lui.

L’allée était cahoteuse, pierreuse. Elle longeait le jardin et les parterres de fraises qui commençaient à donner des fruits. Il en aurait ainsi jusqu’à fin juillet. Au bout de cinquante mètres, il vit en face de chez lui la voiture de la poste qui faisait demi-tour pour repartir vers le village. Au volant, Maxime, son copain d’école. Ils avaient été ensemble jusqu’à la fin du collège. Ensuite, plus de nouvelles. Pascal était allé à Paimpol dans l’école de la marine marchande, puis avait embraqué pour plusieurs années avec juste quelques passages entre deux traversées. Il n’était revenu se fixer ici qu’il y a une dizaine d’années. Maxime, de son côté, embauché à la poste, était parti quelques années en région parisienne avant d’obtenir son rapprochement vers sa Bretagne natale.

Rendez-vous lundi prochain pour la suite et la fin de cette aventure palpitante.

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