Le miracle de la mémoire
A la fin des années 90,Maria João Pires est la plus grande pianiste virtuose portugaise.
En 1999, elle est appelée du jour au lendemain pour remplacer une pianiste malade lors d’un concert à Amsterdam avec l’orchestre royal du Concertgebow de la ville.
Rapidement, elle note sur un coin de feuille le programme prévu : Concerto numéro 23 de Mozart. Elle n’a que peu de temps pour réviser. Elle retrouve la partition et passe le peu de temps qu’elle a à réviser, à répéter toute seule devant son piano.
Puis elle prend l’avion pour Amsterdam pour arriver une heure à peine avant l’entrée en scène.
Arrivée au lieu du concert, elle s’enferme dans la loge prévue pour elle pour se concentrer et se mettre dans sa bulle. Intérieurement, elle répète l’attaque, l’entrée, puis le déroulement complet du concerto. L’intégralité de la partition de l’œuvre de Mozart se déroule dans son cerveau. C’est un concert sans partition.
Puis on vient la chercher pour entrer en scène.
Arrivée depuis une heure, elle n’a même pas eu le temps de rencontrer Ricardo Chailly, le chef d’orchestre, ni aucun musicien du Concertgebow d’Amsterdam.
Applaudissements. Elle entre en scène et s’assoit devant son instrument.
Le chef lève sa baguette et l’orchestre attaque…. le concerto numéro 20 de Mozart.
Et pas le 23 qu’elle a répété hier.
Panique complète, un véritable choc électrique, comme elle le dira plus tard. Le pire cauchemar d’un musicien. Mettez vous à sa place…
Que faire ? Pas de partition, un théâtre plein à craquer, un orchestre qui a déjà commencé à jouer, un chef qui dirige ses musiciens mais se rend vite compte du malaise qui point.
Un petit dialogue s’installe alors entre eux, elle essayant de se concentrer et lui, dirigeant son orchestre qui continue à jouer l‘introduction.
– Vas-y, j’ai confiance en toi.
– Mais je ne l’ai pas répété.
– Ce n’est pas grave, concentre toi, tu l’as joué l’an dernier. Je sais que tu peux le faire.
Oui, c’est vrai, elle le connaît. Et elle n’a pas vraiment le choix. Sa carrière et sa notoriété en dépendent. Elle commence à s’y retrouver, à prendre ses marques. Petit à petit, la partition s’installe dans sa mémoire. Ça y est, elle y est ! Maria João Pires compte les mesures qui la séparent de son entrée. Douze, onze, dix, neuf… elle se tourne face à son piano, huit, sept, six, cinq, place ses mains sur le clavier, quatre, trois, deux, un, prend une grande respiration et attaque.
Ce soir-là, elle jouera l’intégralité du concerto numéro 20 en ré mineur de mémoire, sans partition et sans faire la moindre faute. Le public et l’orchestre ne se sont aperçus de rien.
C’est à ça qu’on reconnaît les grands interprètes, capables de rebondir immédiatement..
C’est là le miracle de la mémoire.
Au passage, je n’aurais pas non plus aimé être à la place du chef… Mais il avait confiance en elle et ça, c’est sûrement ce qui a aidé la virtuose à se remettre en place. La confiance, il n’y a rien de plus fort. Tu peux le faire, je le sais, ne doute pas un seul instant.
Si vous voulez voir le tout début de ce concerto et la réaction de la pianiste et du chef, connectez-vous sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=300t2DS3VdQ
L’estime de soi
Très beau texte qui explique l’essentiel, la confiance en soi
Avec ça, tout est possible
C’est ce que j’apprends à mes élèves et qui leur permet d’être autonome
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One Comment
Loïc Le Dû
Merci, très belle histoire vraie et incroyable vidéo. Dommage qu’elle s’arrête après quelques mesures. On aurait bien écouté l’intégralité du concerto.