Tout héritage est une métamorphose par Irène Fenoglio
Lorsqu’il n’y a pas d’héritage matériel, lorsqu’il n’y a pas de transmission patrimoniale, il y a quand même héritage. C’est cela dont je veux parler. Car l’héritage est une métamorphose qui s’opère, en grande partie, à l’insu de nous. Pour le dire autrement, les démunis, les pauvres en toutes choses, subissent ou bénéficient, c’est selon, aussi d’un héritage. J’irais jusqu’à dire qu’il n’y a pas de « déshérités ». On hérite de la famille, de sa composition, de ses différents membres mais pas seulement de cela. L’essence de l’héritage se passe en soi, en chaque personne d’une façon singulière. La question, de fait, est infinie. Et je m’interroge. De quoi ai-je hérité, moi, sans recevoir d’héritage ? Quelle est la forme de cet héritage sans propriété ni capital mesurable ? Comment le repérer ? Comment tirer le fil du vivant transmis à partir du « bel et vivace aujourd’hui » ?
Fenoglio. Voilà un nom qui fleure bon l’Italie. Un peu comme Bassetti d’ailleurs ! Irène est une des six enfants de Elisabeth et Fernando Fenoglio, tous deux natifs de petits villages du Piémont et arrivés en France à la fin des années 1920.
Comme indiqué sur la quatrième de couverture, Irène n’a pas reçu d’héritage matériel. Pas d’argent, pas de titres en banque, pas de maison ni d’appartement. Juste quelques babioles sans valeur qu’elle a conservées en souvenir de ses parents.
Mais elle est elle. Et dans ce livres, elle revient sur tout ce dont elle a hérité de non-matériel et qui ont fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. Elle se penche donc sur son enfance, sur celle de ses parents et de ses grands-parents pour tenter d’expliquer certains traits de son caractère, et certains de ses comportements.
Pourquoi s’appelle-t-elle Irène ? Pourquoi a-t-elle les cheveux courts et pourquoi a-t-elle toujours détesté aller chez le coiffeur ? Pourquoi a-t-elle eu tel comportement avec ses enfants ? D’où vient cette peur de ceci, son amour de cela ?
Oh, il a le nez de son grand-père ! Quand elle fait ces yeux-là, on dirait mamie ! Vous ne trouvez pas qu’elle a le menton Durand ? Les oreilles Machin ?
Nous héritons tous de nos parents et de nos grands-parents. Nous sommes tous des petits morceaux de l’un et de l’autre.
J’ai beaucoup aimé ce livre où l’autrice revient sur son enfance et sur ses parents. Avec beaucoup d’émotion et de sensibilité, mais aussi sans concession et sans sensiblerie. Tout n’était pas rose. Ses parents n’étaient pas des saints parfaits, et elle a aussi hérité de certains traits de caractère.
Mais on n’hérite pas seulement de sa famille. On hérite aussi des lieux que l’on a fréquentés, des gens que l’on a côtoyés, de ses écoles et de ses maîtres, des gens qui viennent à la maison.
Chaque lieu, chaque personne, chaque situation fait de nous ce que nous sommes.
Un joli livre, prêté par ma sœur souvent à la recherche de ses origines (de qui a-t-elle hérité ce trait d’ailleurs ? ) et qui me change un peu des polars, thrillers et autres livres auto-édités qui font mon miel habituel.
Et qui permet de réfléchir un peu sur ce que je suis, et pourquoi je suis comme ça.
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