13 Mai 1988 – Merci Chet

 

 

C’est marrant,
Au moment où je commence à écrire,
Tu joues dans mon salon.
Coincé entre Charlie Parker et Claude Bolling, je lis ton nom.
J’entends ta trompette, j’écoute ta voix suave et sensuelle
Et comme à chaque fois, je ferme les yeux
Et je me laisse envahir par ta musique
Ton phrasé inimitable
Ta voix profonde et virile.

Et si tu avais décidé d’arrêter la came ?
Et si tu avais décidé d’arrêter l’alcool ?
Et si tu n’étais pas allé à Amsterdam ?
Et si tu avais choisi un autre hôtel que le Prins Kenrik ?
Et s’il y avait eu la climatisation dans ta chambre ?
Et si la fenêtre n’avait pas pu s’ouvrir ?
Et si quelqu’un était venu te voir ce soir-là ?
Et si tu n’avais pas été seul, gavé de cocaïne et d’héroïne ?

Peut-être jouerais-tu encore
Peut-être aurais-je eu le plaisir de venir t’écouter,
Pour de vrai
A Caen ou à Paris, ou n’importe où.
Peut-être serais-tu mort dans ton lit
Comme un bobo, comme n’importe qui.

Mais quand on a ton talent,
Quand on a ta puissance
Il faut se forger une légende
Ne pas mourir comme les autres.
Je sais, on ne choisit pas.
La vie c’est comme ci,
La mort c’est comme ça.

Merci pour ta voix
Merci pour ton timbre
Merci pour ta trompette
Merci d’être là quand j’ai besoin de paix
De douceur, de sensibilité,
De musique à l’état pur.
Ton jeu me fortifie
Coule de mes oreilles à mon âme
Tout doucement
Tout naturellement.
Pour moi, avec Stan Getz, tu es le plus grand.
Merci d’être là, merci pour tout

Merci Chet.


Le 13 mai 1988, le corps de Chet Baker a été découvert sous la fenêtre de sa chambre à Amsterdam. L’enquête a conclu à un accident, mais laisse de grandes zones d’ombre. Il était (à mon goût) le plus grand trompettiste de jazz de tous les temps. Il avait 59 ans.


Retrouvez toutes les histoires d’Avril dans “Chaque jour a son histoire – Mai

 

12 Mai 1820 – Cas de conscience douloureux

 

« Le petit malade est dans sa chambre ?

— Oui, ma sœur. Il va un peu mieux, mais a encore beaucoup de fièvre.

La religieuse entre dans la chambre de l’enfant. Enfoui sous ses couvertures, il est rouge, porte sur la tête une magnifique coiffe de chef indien que son parrain lui a offerte comme un clin d’œil complice en apprenant sa maladie.

La rougeole. Au début des années soixante, c’était encore considéré comme une maladie grave qu’il fallait combattre à coups de piqûres douloureuses.

Sœur Marie se penche sur l’enfant.

— Comment te sens-tu ?

L’enfant esquisse une réponse mais a du mal à parler tant la fièvre le tient dans un état semi-comateux.

— Je suis venue pour te soigner. Le docteur m’a demandé de venir te faire une petite piqûre, mais tu verras, ça ne fait pas mal.

Mentir, pour une sœur. Difficile dilemme. Mais c’est son travail quotidien. Soulager la peine des malades, leur donner le réconfort, tant par les mots que par les gestes.

— Tourne-toi, mets-toi sur le ventre.

L’enfant lance un regard terrifié vers sa maman. Va-t-elle le laisser se faire martyriser ainsi ?

Sœur Marie remonte les manches de sa lourde tenue de religieuse et sort de son cartable une longue boite métallique et brillante. Elle sort également une bouteille d’alcool à 90, l’ouvre, s’en verse un peu dans le creux de la main et frotte. L’odeur de l’alcool emplit la chambre. Avec d’infinies précautions, elle ouvre la boite et en extrait une longue seringue de verre et une aiguille imposante par sa longueur et son diamètre.

A la vue de l’aiguille, l’enfant hurle.

— Non, pas d’aiguille, ça fait mal.

— Mais non, ne t’inquiète pas, tu verras, ça va vite et ça ne fait pas mal.

Ce qui est complètement faux. L’intra musculaire doit être faite lentement et le passage du liquide est extrêmement douloureux lors de son injection.

Et de fait, l’opération se passe plutôt mal. Le petit garçon hurle, depuis la vue de l’aiguille jusqu’à la fin de l’acte médical.

Un petit coup de coton imbibé d’alcool sur la fesse endolorie et sœur Marie fait claquer l’élastique du pyjama sur la taille de l’enfant. Elle est en sueur, mais sourit quand même.

— Tu vois, ça s’est bien passé, dit-elle avec une mauvaise foi évidente.

Les larmes et les sanglots empêchent l’enfant de répondre.

— Allez, bonne journée, et à demain.

L’enfant renifle et réussit à s’adresser à la religieuse :

— Ma sœur, est-ce que demain, vous pourrez me faire la piqûre sans aiguille ?

La religieuse lance un regard perdu vers la maman qui lui sourit et bat des yeux rapidement.

Elle préfère éluder la question.

— A demain.

Elle referme son cartable et quitte la pièce.

 

Le lendemain matin sur les coups de neuf heures, Sœur Marie se présente devant la porte de l’appartement. Au moment où elle entre dans la chambre, l’enfant la regarde, la panique dans le regard et la fesse encore douloureuse de l’injection de la veille.

— Bonjour, tu vas bien ce matin ?

Elle jette un regard sur la coiffe d’indien posée sur la table de nuit.

— Tu n’as pas mis ta coiffe de chef ce matin ?

Pas de réponse.

Alors elle ouvre son cartable et recommence le cérémonial de la veille.

— Sans aiguille. Ma sœur, s’il vous plait, sans aiguille.

Le regard de l’enfant est suppliant, ses larmes sont sincères, mais ce matin, il ne crie pas.

La religieuse porte son regard vers la maman, malade elle-même de voir son enfant se mettre dans un tel état.

— Bon d’accord, mais c’est bien parce que c’est toi.

Elle se saisit d’une petite lime blanche, du flacon de produit transparent, lime, casse le haut d’un coup sec, prend la seringue, l’aiguille et remplit la seringue d’un geste sûr.

— Non, pas d’aiguille ma sœur, pas d’aiguille.

— C’est juste pour remplir la seringue, ne t’inquiète pas, tu vois, maintenant, je l’enlève.

Et Sœur Marie devant les yeux de l’enfant, retire l’aiguille de son emplacement.

— Allez, retourne-toi maintenant et montre-moi tes jolies fesses. On va faire de l’autre côté aujourd’hui !

L’opération se déroule plutôt bien. L’enfant est tendu, mais la promesse de la religieuse l’a rassuré. Pendant l’injection, elle demande :

— Ca va bien ?

— Oui, c’est mieux qu’hier, ma sœur.

La religieuse, elle, se sent mal. Elle ment encore, elle le sait.

D’un geste habile, elle retire l’aiguille du bout de la seringue à la fin de l’injection.

— Et voilà.

Vif comme l’éclair, l’enfant se retourne et constate bien qu’il n’y a pas d’aiguille au bout de l’engin de torture.

— C’était mieux comme ça ma sœur. Demain, vous ferez encore sans aiguille ?

— Oui, je te le promets. Allez, à demain.

— A demain ma sœur, répond l’enfant en esquissant un petit sourire.

Et chaque jour de la semaine, l’opération se reproduit. Chaque jour, l’infirmière religieuse réussit à faire à un enfant de cinq ans une piqûre sans aiguille qui fait de moins en moins mal !

Une fois la série terminée, elle fait un baiser sur le front de l’enfant et se dirige vers la cuisine pour se faire payer ses soins.

— Il était temps que ça se termine, avoue-t-elle à la maman.

— Vous êtes surchargée de travail, demande la mère du petit malade (qui l’est beaucoup moins maintenant).

— Non Madame, c’est ce mensonge quotidien qui me pèse. Chaque jour je viens ici et je mens ouvertement à votre fils. Chaque jour je commets un pêché en lui faisant croire que je fais la piqûre sans aiguille. Et chaque soir, en rentrant, je vais me confesser pour me laver de ce mensonge. Je ne pense pas que j’aurais pu continuer ainsi si le traitement avait dû se poursuivre.

— Merci ma sœur, dit la maman qui a du mal à ne pas rire.

Et Sœur Marie quitte l’appartement du boulevard Saint Denis où j’habitais quand j’étais petit.

Dans le tas de photos familiales, on trouve encore une photo de moi (en noir et blanc) avec ma coiffe d’indien et un pauvre petit sourire malheureux. Maman rigole toujours lorsqu’elle raconte cette histoire et le combat interne de cette religieuse obligée de me faire chaque matin une piqûre sans aiguille. La crédulité des enfants et la gentillesse de cette religieuse ont permis de soigner sans larmes cette rougeole qui m’avait cloué au lit douloureusement.


Aujourd’hui, 12 mai, journée internationale des infirmières en souvenir de la naissance de Florence Nightingale le 12 mai 1820, je tiens publiquement à demander pardon à celle que j’ai appelée Sœur Marie ce matin et qui a été la première femme à accepter de mentir pour moi.


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11 Mai 1952 – Enceinte

 

Lorsque je suis rentré du travail, ce soir, je me suis précipité dans les bras de ma femme. Elle était restée seule à la maison toute la journée. Forcément, vu son état, elle n’a pas vraiment le droit de sortir.

« Viens, me dit-elle, viens dans la chambre du petit, tu vas être étonné !

— Ou de la petite, on ne sait pas, on a décidé de ne pas savoir.

— Regarde, me dit-elle en ouvrant la porte de la chambre.

Une photo est accrochée sur le mur, juste au-dessus du berceau encore vide.

— C’est Rimbaud non ?

— Oui, c’est Arthur. Tu trouves pas qu’il est beau ? Magnifique ?

— Bof..

— Oh si, regarde, avec ses cheveux en brosse, moi je le trouve super beau et super sexy. Non, t’es pas d’accord ?

— Si tu veux, c’est comme tu le sens.

Déjà que moi, les petits anges sur le papier peint, je trouvais ça limite mauvais goût, alors, bon je préfère ne rien dire, ne pas la contrarier. Mais peut-être comprend-elle mon silence.

Elles me font marrer ses idées loufoques depuis qu’elle est en cloque !

 

Hier soir, on s’est couché de bonne heure, on était fatigués par la journée. Au beau milieu de la nuit, je la sens bouger dans le lit. J’ouvre un œil. Elle était assise sur son oreiller, les mains placées en berceau sur son ventre rebondi.

— Qu’est-ce qu’il y a ma puce ? Qu’est-ce qu’il t’arrive ?

J’étais un peu dans le pâté…

— Des fraises…

— Quoi des fraises ?

— J’en ai envie… J’ai envie de fraises, je t’assure.

— Des fraises ? A cinq heures du mat ? Ça va pas non ?

— Oh je t’en prie… J’ai envie du goût de fraises. Je sens le goût dans ma bouche, mais j’en ai envie d’une… Envie de la croquer.

— Des fraises, on n’en a pas à la maison. C’est sûr.

D’un coup, j’ai une idée. Pas mal à cette heure-là ! Je tire le rideau, je regarde par la fenêtre ! Ouais, le boulanger est dans son labo, il a commencé à bosser. J’enfile mon fute à toute allure et je descends l’escalier. Il a fallu discuter ferme, mais il a accepté de me filer deux fraises sur celles qu’il avait réservées pour ses tartelettes.

Tout fier, je rentre dans la chambre, mes fraises à la main.

Elle dormait, les mains sur le ventre et le sourire aux lèvres. J’ai pas su quoi faire. J’ai pas osé la réveiller.

Je me retrouve planté, tout seul dans mon froc depuis qu’elle est en cloque.

 

Depuis quelques semaines, le soir, on bouquine ou on regarde la télé tous les deux sur le canapé. Avant on sortait souvent ou des potes venaient à la maison, mais on a été forcés de réduire. Le toubib a dit qu’il fallait qu’on ait une vie tranquille ! Sa nouvelle manie en ce moment : je vous le donne en mille : elle tricote, n’importe quoi : une layette, puis une autre, une bleue, une rose, puisqu’on ne sait pas ce que sera notre bébé. Des gants, une écharpe, une petite couverture. Il y a des tricots plein la maison.

— Tu veux bien m’aider s’il te plait ?

— Oui, ma caille, quoi ?

— Tiens, puisque tu fais rien, tu veux bien démêler cette pelote, s’il te plait ?

Et moi, comme un con, je le fais, je m’exécute, je suis aux petits soins pour madame…

— Et quand tu auras fini, tu pourrais aller me chercher une autre verveine s’il te plait ? Celle-là est froide.

— Tu crois pas que tu exagères un peu ?

— Oh. Pour me faire plaisir, pour le bébé…

Moi, je file dans la cuisine faire chauffer de l’eau.

Quand je reviens, la tasse à la main, elle est debout, en face du grand miroir de la salle. Elle a remonté son Tee Shirt au-dessus de ses seins, et se regarde, de face et de profil.

Je m’approche, pose la tasse sur le guéridon et lui enlace la taille.

— Tu es belle comme ça.

Je me colle contre elle. J’aime sa chaleur, la douce chaleur de son corps.

— Non, moi j’aime pas, ça me fait tout drôle. Et puis regarde-moi ce nombril qui dépasse. Ca a l’air de quoi ?

— Moi je trouve ça super craquant. On dirait que ton ventre c’est un gros fruit plein de jus, un fruit très mur, et que ton nombril concentre tout le meilleur du jus, prêt à la faire jaillir.

— Fous-toi de moi, vas-y…

— Mais non, je t’assure, tu es belle comme ça. Je t’aime.

Elle rougit jusqu’au bout des oreilles, jusqu’au bout du nombril ! Si si, je vous assure ! Enfin, je crois !

Faut bien dire ce qui est, moi aussi je débloque depuis qu’elle est en cloque.

 

— Tes chaussures ?

— Quoi mes chaussures ?

— Si tu vas dans la chambre de la petite…

— Ou du petit…

— Oui, ou du petit, comme tu veux, t’es gentil de les enlever.

— Mais c’est mes chaussons, ils sont pas sales.

— Si, ils sont pleins de poussière et aujourd’hui, j’ai passé l’aspi, j’ai toilé, j’ai fait les poussières, alors tu ne vas pas dans la chambre du gosse. Ou alors tu enlèves tes maudits chaussons dégueulasses.

Alors, forcément, je m’appuie au chambranle de la porte et j’obéis, je retire mes chaussons qui sont pas sales, pourtant, je vous assure.

Au moment où je sors de la chambre et que je remets mes chaussons (n’importe quoi cette histoire de chaussons), elle me retombe dessus. Madame a ses humeurs aujourd’hui ! Elle si douce d’habitude, trouve un nouveau prétexte.

— Ouvre la porte à Pépère et laisse-le sortir. Il m’énerve…

— Quoi Pépère ? Qu’est-ce qu’il a Pépère ?

— Il perd ses poils, il en fout partout, c’est le printemps, et je passe mon temps à nettoyer derrière lui. Tout à l’heure, je l’ai retrouvé dans la chambre du bébé, je supporte pas. Fous le dehors pour la nuit.

Et moi je cède. J’enlève mes chaussons, je remets mes chaussons et je vire le chat.

Elle veut plus le voir traîner autour du paddock depuis qu’elle est en cloque.

 

Hier soir, avant d’aller au lit, je suis entré dans la salle de bains pour me brosser les dents. J’avais pas vu, elle était là en train de mettre son pyjama avec un gros point d’interrogation dessiné sur le ventre.

— Tu aurais pu frapper, j’aime pas que tu viennes dans la salle de bains quand j’y suis !

— Désolé, ma belle, j’avais pas vu.

Et à ce moment-là, je vous jure, j’ai vu un petit pied passer sur le côté. Elle l’a senti aussi. Je me suis approché, me suis collé derrière elle, bien serré et j’ai posé tout doucement les mains sur la petite bosse de son ventre. Je ne sais pas si c’était un pied ou une main, mais c’était mon bébé, notre bébé.

Je me suis approché de son oreille.

— Tu es magique ! Tu es magnifique. L’autre jour, je t’ai dit que tu étais un fruit mûr, tu es mieux que ça, tu es une fleur, une belle fleur, un jardin, un ruisseau, une montagne couverte de fleurs. J’aime ta peau, j’aime le bébé que tu nous fais.

Encore une fois, elle est devenue écarlate.

— Tu exagères.

— Non, je t’assure.

Puis, après lui avoir à nouveau caressé le ventre, joué avec son nombril, je lui ai dit

— Tu as de la chance, je t’envie.

— De la chance de quoi ? La seule chance que j’ai, c’est de t’avoir chaque jour à mes côtés.

— Non, tu as de la chance d’être une femme, de pouvoir faire un bébé, comme ça, que ça pousse dans ton ventre comme une fleur dans la terre.

Elle a posé sa main sur mon ventre plat.

— Tu voudrais aussi porter notre bébé ?

— Oui, partager avec toi, mais tu sais bien que c’est pas possible…

Que même si je devenais pédé comme un phoque, moi je serai jamais en cloque !

 

Bon, c’est pas tout ça, je vous raconte ma vie, en détail, l’intimité de mon couple, la venue de notre bébé, mais j’ai encore du boulot. Il me manque une chanson pour mon prochain disque. Et j’ai pas d’inspiration. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir écrire ? Depuis que Dominique est en cloque, je suis scotché, j’ai du mal à aligner les mots.

— Renaud, tu peux venir une seconde, j’ai peut-être une idée pour ta chanson…

— Oui, ma chérie, j’arrive… »

 

Renaud Séchan a aujourd’hui un an de plus, puisqu’il est né le 11 mai 1952.


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11 Mai 1952 – Enceinte

 

Lorsque je suis rentré du travail, ce soir, je me suis précipité dans les bras de ma femme. Elle était restée seule à la maison toute la journée. Forcément, vu son état, elle n’a pas vraiment le droit de sortir.

« Viens, me dit-elle, viens dans la chambre du petit, tu vas être étonné !

— Ou de la petite, on ne sait pas, on a décidé de ne pas savoir.

— Regarde, me dit-elle en ouvrant la porte de la chambre.

Une photo est accrochée sur le mur, juste au-dessus du berceau encore vide.

— C’est Rimbaud non ?

— Oui, c’est Arthur. Tu trouves pas qu’il est beau ? Magnifique ?

— Bof..

— Oh si, regarde, avec ses cheveux en brosse, moi je le trouve super beau et super sexy. Non, t’es pas d’accord ?

— Si tu veux, c’est comme tu le sens.

Déjà que moi, les petits anges sur le papier peint, je trouvais ça limite mauvais goût, alors, bon je préfère ne rien dire, ne pas la contrarier. Mais peut-être comprend-elle mon silence.

Elles me font marrer ses idées loufoques depuis qu’elle est en cloque !

 

Hier soir, on s’est couché de bonne heure, on était fatigués par la journée. Au beau milieu de la nuit, je la sens bouger dans le lit. J’ouvre un œil. Elle était assise sur son oreiller, les mains placées en berceau sur son ventre rebondi.

— Qu’est-ce qu’il y a ma puce ? Qu’est-ce qu’il t’arrive ?

J’étais un peu dans le pâté…

— Des fraises…

— Quoi des fraises ?

— J’en ai envie… J’ai envie de fraises, je t’assure.

— Des fraises ? A cinq heures du mat ? Ça va pas non ?

— Oh je t’en prie… J’ai envie du goût de fraises. Je sens le goût dans ma bouche, mais j’en ai envie d’une… Envie de la croquer.

— Des fraises, on n’en a pas à la maison. C’est sûr.

D’un coup, j’ai une idée. Pas mal à cette heure-là ! Je tire le rideau, je regarde par la fenêtre ! Ouais, le boulanger est dans son labo, il a commencé à bosser. J’enfile mon fute à toute allure et je descends l’escalier. Il a fallu discuter ferme, mais il a accepté de me filer deux fraises sur celles qu’il avait réservées pour ses tartelettes.

Tout fier, je rentre dans la chambre, mes fraises à la main.

Elle dormait, les mains sur le ventre et le sourire aux lèvres. J’ai pas su quoi faire. J’ai pas osé la réveiller.

Je me retrouve planté, tout seul dans mon froc depuis qu’elle est en cloque.

 

Depuis quelques semaines, le soir, on bouquine ou on regarde la télé tous les deux sur le canapé. Avant on sortait souvent ou des potes venaient à la maison, mais on a été forcés de réduire. Le toubib a dit qu’il fallait qu’on ait une vie tranquille ! Sa nouvelle manie en ce moment : je vous le donne en mille : elle tricote, n’importe quoi : une layette, puis une autre, une bleue, une rose, puisqu’on ne sait pas ce que sera notre bébé. Des gants, une écharpe, une petite couverture. Il y a des tricots plein la maison.

— Tu veux bien m’aider s’il te plait ?

— Oui, ma caille, quoi ?

— Tiens, puisque tu fais rien, tu veux bien démêler cette pelote, s’il te plait ?

Et moi, comme un con, je le fais, je m’exécute, je suis aux petits soins pour madame…

— Et quand tu auras fini, tu pourrais aller me chercher une autre verveine s’il te plait ? Celle-là est froide.

— Tu crois pas que tu exagères un peu ?

— Oh. Pour me faire plaisir, pour le bébé…

Moi, je file dans la cuisine faire chauffer de l’eau.

Quand je reviens, la tasse à la main, elle est debout, en face du grand miroir de la salle. Elle a remonté son Tee Shirt au-dessus de ses seins, et se regarde, de face et de profil.

Je m’approche, pose la tasse sur le guéridon et lui enlace la taille.

— Tu es belle comme ça.

Je me colle contre elle. J’aime sa chaleur, la douce chaleur de son corps.

— Non, moi j’aime pas, ça me fait tout drôle. Et puis regarde-moi ce nombril qui dépasse. Ca a l’air de quoi ?

— Moi je trouve ça super craquant. On dirait que ton ventre c’est un gros fruit plein de jus, un fruit très mur, et que ton nombril concentre tout le meilleur du jus, prêt à la faire jaillir.

— Fous-toi de moi, vas-y…

— Mais non, je t’assure, tu es belle comme ça. Je t’aime.

Elle rougit jusqu’au bout des oreilles, jusqu’au bout du nombril ! Si si, je vous assure ! Enfin, je crois !

Faut bien dire ce qui est, moi aussi je débloque depuis qu’elle est en cloque.

 

— Tes chaussures ?

— Quoi mes chaussures ?

— Si tu vas dans la chambre de la petite…

— Ou du petit…

— Oui, ou du petit, comme tu veux, t’es gentil de les enlever.

— Mais c’est mes chaussons, ils sont pas sales.

— Si, ils sont pleins de poussière et aujourd’hui, j’ai passé l’aspi, j’ai toilé, j’ai fait les poussières, alors tu ne vas pas dans la chambre du gosse. Ou alors tu enlèves tes maudits chaussons dégueulasses.

Alors, forcément, je m’appuie au chambranle de la porte et j’obéis, je retire mes chaussons qui sont pas sales, pourtant, je vous assure.

Au moment où je sors de la chambre et que je remets mes chaussons (n’importe quoi cette histoire de chaussons), elle me retombe dessus. Madame a ses humeurs aujourd’hui ! Elle si douce d’habitude, trouve un nouveau prétexte.

— Ouvre la porte à Pépère et laisse-le sortir. Il m’énerve…

— Quoi Pépère ? Qu’est-ce qu’il a Pépère ?

— Il perd ses poils, il en fout partout, c’est le printemps, et je passe mon temps à nettoyer derrière lui. Tout à l’heure, je l’ai retrouvé dans la chambre du bébé, je supporte pas. Fous le dehors pour la nuit.

Et moi je cède. J’enlève mes chaussons, je remets mes chaussons et je vire le chat.

Elle veut plus le voir traîner autour du paddock depuis qu’elle est en cloque.

 

Hier soir, avant d’aller au lit, je suis entré dans la salle de bains pour me brosser les dents. J’avais pas vu, elle était là en train de mettre son pyjama avec un gros point d’interrogation dessiné sur le ventre.

— Tu aurais pu frapper, j’aime pas que tu viennes dans la salle de bains quand j’y suis !

— Désolé, ma belle, j’avais pas vu.

Et à ce moment-là, je vous jure, j’ai vu un petit pied passer sur le côté. Elle l’a senti aussi. Je me suis approché, me suis collé derrière elle, bien serré et j’ai posé tout doucement les mains sur la petite bosse de son ventre. Je ne sais pas si c’était un pied ou une main, mais c’était mon bébé, notre bébé.

Je me suis approché de son oreille.

— Tu es magique ! Tu es magnifique. L’autre jour, je t’ai dit que tu étais un fruit mûr, tu es mieux que ça, tu es une fleur, une belle fleur, un jardin, un ruisseau, une montagne couverte de fleurs. J’aime ta peau, j’aime le bébé que tu nous fais.

Encore une fois, elle est devenue écarlate.

— Tu exagères.

— Non, je t’assure.

Puis, après lui avoir à nouveau caressé le ventre, joué avec son nombril, je lui ai dit

— Tu as de la chance, je t’envie.

— De la chance de quoi ? La seule chance que j’ai, c’est de t’avoir chaque jour à mes côtés.

— Non, tu as de la chance d’être une femme, de pouvoir faire un bébé, comme ça, que ça pousse dans ton ventre comme une fleur dans la terre.

Elle a posé sa main sur mon ventre plat.

— Tu voudrais aussi porter notre bébé ?

— Oui, partager avec toi, mais tu sais bien que c’est pas possible…

Que même si je devenais pédé comme un phoque, moi je serai jamais en cloque !

 

Bon, c’est pas tout ça, je vous raconte ma vie, en détail, l’intimité de mon couple, la venue de notre bébé, mais j’ai encore du boulot. Il me manque une chanson pour mon prochain disque. Et j’ai pas d’inspiration. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir écrire ? Depuis que Dominique est en cloque, je suis scotché, j’ai du mal à aligner les mots.

— Renaud, tu peux venir une seconde, j’ai peut-être une idée pour ta chanson…

— Oui, ma chérie, j’arrive… »

 

Renaud Séchan a aujourd’hui un an de plus, puisqu’il est né le 11 mai 1952.


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10 Mai 1774- L’homme à la rose

C’est aujourd’hui, le 10 mai, qu’il accède au pouvoir.

La France qu’il prend aujourd’hui en mains est en mauvais état. Son prédécesseur n’a pas été très aimé du bon peuple. Il a quitté le pouvoir dans une indifférence quasi-générale. La plupart de ses ministres n’ont même pas fait le déplacement pour venir le saluer une dernière fois avant son départ.

La salle dans laquelle arrive le nouveau maître de la France est remplie de roses rouges, sa fleur préférée. A ses côtés, son épouse est radieuse, son sourire est étincelant. Elle est fière de devenir aujourd’hui la première dame de France. Un jeune enfant, une rose rouge à la main, sort du rang et tend la fleur au nouveau venu. Il sourit, accepte le présent, hume la fleur et la tend vite à l’un de ses collaborateurs placé derrière lui. C’est une sorte de nouvelle Cour qui commence à se former autour de lui. Ils sont tous là. Les fidèles évidemment, ceux qui le suivent depuis des années, depuis qu’il a commencé à s’intéresser à la politique. Mais il y a aussi les nouveaux, les intrigants, le opportunistes, ceux qui profitent de l’arrivée d’un nouvel homme fort pour essayer de se frayer un chemin sur les marches du pouvoir. Et les places seront chères. Il faudra faire ses preuves pour entrer en grâce.

« La politique que je compte mener, déclare-t-il lors de sa première prise de parole sera très différente de celle que vous avez connue avant moi. Je compte faire, pendant mes premières années de pouvoir, des grandes réformes. Il y aura de grands changements. Oui, nous aurons certainement de nouveaux impôts, de nouvelles taxes, mais on ne bâtit pas une France forte sur du sable. Les ministères devront faire des économies drastiques afin que le déficit de notre pays revienne à un niveau acceptable. Je connais le cap que je veux atteindre et le sacrifice de tous et de chacun sera nécessaire. Tout ne se fera pas en un jour, mais je suis confiant, et je sais que je pourrai compter sur votre appui et sur celui de la population française pour mener à bien l’action que je compte mener avec l’aide mes ministres.»

Rapidement, il quitte la salle pour commencer à s’entretenir des affaires de la France avec ses plus proches conseillers. La tâche est immense, il en est bien conscient.

Arrivé au pouvoir un dix mai, tout le monde le sait, les plus jeunes l’on sûrement appris à l’école, il conduira les affaires de la France pendant dix-sept ans. Dix-sept longues années qui se termineront hélas comme on le sait, par une Révolution qui emportera tout sur son passage.


C’est le 10 mai 1774 que Louis XVI prend le pouvoir, à la suite de la mort de son grand-père Louis XV décédé le jour même. Il sera tour à tour Roi de France et de Navarre, puis Roi des Français.

François Mitterrand au aussi été élu le 10 mai . Ah bon, ce doit être un hasard alors…Retrouvez toutes les histoires d’Avril dans “Chaque jour a son histoire – Mai

 

9 Mai 2013- Mon 9 mai à moi

Variante numéro 1.

7h40. Je me réveille doucement. La nuit a été bonne. J’ai fait de jolis rêves. Je suis complètement reposé ce matin. Ca fait du bien. Je me lève, passe rapidement par la salle de bains voir la tête que j’ai ce matin et descends l’escalier de bois. Arrivé dans la cuisine, je mets la bouilloire sous le robinet et verse de quoi me faire mon habituel thé au lait du matin. Il reste du pain d’hier. Quelle chance. Une tartine beurre, une tartine confiture, le tout arrosé d’un verre de jus de pamplemousse rose. Et hop, la matinée commence bien. Evidemment, je passe par l’ordi. Je regarde rapidement mes mails, un petit tout sur Facebook, un petit tour sur le site des uchronies pour voir si le texte d’hier soir a été lu, quelle a été la fréquentation du site ? Cent-vingt-cinq visites. Pas mal pour le texte que j’ai écrit en à peine une heure.

Chouette, il fait un temps superbe. Le jardin a grand besoin que quelqu’un s’occupe de lui.

Je me change, enfile mes habits de bricolage, mes vieux tennis, et allez hop, désherbage (y en a besoin), nettoyage de l’allée, nouvelle recherche du romarin que décidément je n’arrive pas à retrouver, un bon coup de brosse sur la terrasse qui a encore de la mousse et des mauvaises herbes. C’est sympa de jardiner en fait, et puis sous le soleil, c’est encore mieux. Ca vide la tête, on ne pense à rien. La matinée passe vite dans le jardin. Je rentre dans la maison vers midi et quart. Passage à la douche. Préparation du repas de midi, épluchage des légumes, cuisson, un bon petit plat que je vais déguster tranquille sur la terrasse avec un petit verre de pinard pour le fromage.

Quelle bonne matinée. On verra bien ce que je vais faire cet après-midi. Mais de toutes façons ça va être bien. Ah ! Une bonne journée de congé, ça fai du bien.

 

Variante numéro 2

9h15. Mince, je me suis mis mal hier soir. J’ai trainé toute la soirée, j’ai peut-être un peu tiré sur le whisky. Et puis le calva après le double café, c’est mortel. Je me relève difficilement d’une nuit agitée. Je me suis réveillé plusieurs fois en cours de nuit : A deux heures, j’avais les yeux comme des soucoupes. Impossible de me rendormir avant quatre heures. Passage rapide par la salle de bains. Pas le moindre regard en direction du miroir. J’appréhende trop la tête que je dois avoir. Surtout pas. Tout sauf mon reflet dans la glace ! Je cherche mes chaussons. Ou est-ce que je les ai fourrés hier soir ? Ah les voilà ! Je descends. J’allume l’ordi. Le temps qu’il se mette en route, je mets de l’eau dans la cafetière pour me faire un café bien noir. Je m’assois à mon bureau. Je regarde mon mur Facebook. Tiens, des vidéos sympas. Je matte. J’ai la bouche pâteuse. Ah oui tiens, c’est vrai, le café. Je retourne à la cuisine, je place deux dosettes dans le filtre et appuie sur le bouton. Le temps que le café passe, je sors fumer une clope. Quel temps pourri ! Il a flotté toute la nuit. Et il pleut encore à seaux, et il y a du vent. Je repasse dans le bureau voir le zapping de canal plus que j’ai pas fini de regarder tout à l’heure. Je boirais bien un café, moi… C’est vrai, il doit être prêt maintenant ! Et voilà ! Plus de pain. C’est vrai que je l’ai fini avec mon sandwich hier soir devant la télé. Tiens, en parlant de télé, qu’est-ce qu’il y a à cette heure-là un jeudi matin ? Je m’affale sur le canapé. Déjà midi ? J’ai roupillé devant le poste, je me souviens avoir vu un début d’émission de truc, et puis j’ai vite plongé. Allez, je vais me faire un sandwich vite fait avant de me remettre à l’ordi. Oh c’est vrai, y a plus de pain…. Oh j’appréhende l’après-midi, je vais encore me traîner.

 

Variante numéro 3.

10h00. Je me réveille naturellement. Je mets la radio. Envie de traînasser un peu au lit ce matin J’aime bien me réveiller doucement, ne pas brusquer les choses. Je reprends mon Wallander que j’ai laissé hier soir. Je me suis endormi avec Mankell, je me réveille avec Mankell. Je vais peut-être même le finir, tiens. J’ai lu tard la nuit dernière, mais je n’ai pas eu le courage d’aller jusqu’au bout. Bon an mal an, j’ai passé une nuit correcte. Sans plus. L’essentiel est quand même que je ne me réveille pas plus fatigué que quand je me suis couché. Je file à la douche, je déjeunerai après. Pendant que je suis sous le jet vivifiant, j’entends le téléphone qui sonne. Tant pis, il ou elle laissera un message, et puis je rappellerai. Sors de la douche, je m’habille de frais. Je pensais aller dans le jardin ce matin, mais j’ai pas trop envie, j’ai des trucs à faire dans la maison. Faut que je fasse les carreaux par exemple. Ah oui, ils en ont bien besoin ! Et puis le temps n’est pas merveilleux. Il ne pleut pas mais il fait gris, c’est pas engageant. Tiens, le répondeur. « On fait un barbecue ce midi, ça te dirait de te joindre à nous ? Si tu es d’accord, arrive vers midi.» Ben oui, pourquoi pas. Je regarde l’heure sur la pendule de la salle. Déjà moins le quart. Si je veux y être, il faut que je m’arrache. Cet après-midi ? Ben on verra bien. Je vais sûrement repartir vers seize ou dix-sept heures, la journée sera bien avancée. Allez, j’y vais.

Variante numéro 4

Allez, je vous laisse imaginer. C’est ça la vie, c’est ça l’uchronie. Il suffit qu’un petit élément change : le moral, la météo, la soirée de la veille, l’entrain, la volonté de faire quelque chose ou pas et on ne vit pas la même journée. J’aurais pu varier à l’envi mon premier texte : manger des céréales ou du porridge à la place du pain, ou aller chez le boulanger me prendre un pain aux raisins, ou ne pas déjeuner…

Bref. Quelle journée vais-je passer ce 9 mai 2013 ? Je ne sais pas, ça dépend de tant de choses…


Pour info, je suis allé au Barbecue chez Didier et Mercédès…


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8 Mai 1880 – Une ville réduite au silence

Emma sort en courant de la maison de son amant. Elle ne sait pas pourquoi mais elle a une drôle d’impression, un sombre pressentiment.

La nuit a été brûlante et la jeune femme est encore tout ensommeillée. Dieu que les bras de Léon sont chauds et accueillants. Que d’amour elle trouve auprès de cet homme ! Certes il n’est pas son mari et Charles n’est heureusement au courant de rien. Depuis des mois, elle prend les précautions les plus drastiques pour ne pas montrer à son époux d’une part l’ennui profond qu’elle ressent à ses côtés, et d’autre part le bonheur qu’elle a de quitter la maison, de se parfumer, de se faire belle, de choisir ses plus beaux dessous pour aller rejoindre celui qui la laisse épuisée, tremblante et rassasiée après leurs chaudes nuits d’amour.

L’air est encore frais, il n’est que sept heures à peine. La nature se remet doucement d’une longue nuit pluvieuse et l’herbe des champs par lesquels elle coupe pour rentrer plus vite chez elle est encore toute mouillée. Ses pieds sont trempés. Mais tant pis, elle se sèchera près du feu en arrivant. Félicité aura certainement allumé la cheminée pour réchauffer la maison aux murs de pierre.

Elle ne sait pas exactement pourquoi elle court.

Au matin, elle était allongée, la tête posée sur l’épaule gauche de Léon. Ses longs cheveux décoiffés par la nuit d’amour cachaient à demi sa poitrine menue. Léon dormait tranquillement. Un discret ronflement émanait de sa gorge. La présence d’un homme, d’un homme aimant et attentionné à ses côtés. Tout ce qu’elle avait cherché au long de sa vie, tout ce que ce lourdaud de mari ne lui donnait pas. Lui ne vivait que pour ses patients qu’il partait visiter dès potron-minet en laissant dans le lit une épouse insatisfaite et débordant d’un amour et d’une vitalité qu’elle ne pouvait exprimer. Parfois Charles laissait trainer sa main sous le drap et touchait Emma à l’épaule. Il lui arrivait alors de faire semblant de dormir pour ne pas répondre à la demande pourtant légitime de son mari. Comment peut-on se contenter d’un amour conjugal quand on peut avoir en sus la peur d’être surprise, l’aventure, la découverte d’un nouveau lieu, d’un nouveau lit ?

Emma rejoint en courant la route de Yonville. Au loin, se profile une calèche qui roule à tombeau ouvert en direction de la petite ville. Elle reconnait le véhicule de Monsieur Lheureux, le commerçant du village. Emma se place délibérément au milieu de la route et étend les bras. La calèche ralentit et s’arrête doucement à ses côtés.

« Madame Bovary, chère amie, que faites-vous donc de si bon matin au milieu de nulle part ?

Dieu comme elle déteste cet homme dont elle s’est fait bien malgré elle son complice. Il est faux, fourbe et mielleux mais il la tient. Elle le sait parfaitement. Elle est allée trop loin avec lui, elle lui a emprunté trop d’argent, elle est sa chose, sa dévouée. Une position qui ne lui sied guère, mais elle n’a hélas pas le choix.

— Le sommeil m’a quittée depuis un moment Monsieur Lheureux et j’aime prendre le frais au matin quand Charles part pour ses visites.

— Parfaitement, je comprends parfaitement, répond l’épicier qui ne peut s’empêcher de sourire, comprenant parfaitement que la jeune bourgeoise lui ment effrontément.

— Dites, Monsieur Lheureux, j’ai eu au réveil un sombre pressentiment et je me hâtais de rentrer chez moi pour en avoir confirmation ou que quelqu’un me dise que ce songe n’était qu’un mauvais rêve.

— Hélas, ma pauvre Madame Bovary, la triste nouvelle à laquelle je suppose que vous faites allusion est sur toutes les lèvres à Yonville. Les premiers maraîchers arrivés sur le marché ne parlent que de ça.

— Mon Dieu reprend Emma, c’est donc vrai ?

— Je crains que oui Madame, reprend le commerçant d’un air faussement contrit.

— Quel âge avait-il ? Il n’était pas si vieux.

— Il allait doucement sur ses soixante ans. Nous avions fêté ses cinquante-neuf bougies en décembre dernier au Croisset où il demeurait. Salammbô était là, toujours aussi belle, ainsi que Bouvard et Pécuchet. Ils avaient été invités tous les deux. Ils nous avaient bien fait rire ces deux-là. Mon Dieu qu’ils sont ridicules.

— Je les connais à peine, répond Emma, j’ai dû les croiser une fois ou deux dans des soirées ennuyeuses à mourir. Comment est-ce arrivé ?

— On ne sait pas trop. C’est arrivé brusquement. Hier, il parait qu’il était bien à ce qu’on m’a dit. Mais montez donc, nous allons rentrer ensemble, nous aurons peut-être d’autres nouvelles à la ville.

Emma remonte sa robe serrée pour réussir à mettre le pied sur le marche-pied et prend place au côté de Lheureux. La petite lieue qui les sépare du centre du bourg et vite avalée dans un silence complice.

Arrivés face à l’église, Emma et son compagnon de voyage rencontrent l’abbé Bournisien qui vient de terminer sa première messe.

— Oh mes amis, leur dit-il en boutonnant les trois derniers boutons de sa soutane, avez-vous entendu le malheur qui nous frappe ? Qu’allons-nous devenir maintenant qu’il n’est plus là ?

— C’est donc vrai alors ? demande Emma en refermant plus serré le col de son gilet pour se protéger le cou.

— Oui Madame. Dieu dans sa bonté et dans son infinie miséricorde a rappelé cette nuit auprès de Lui notre bon maître à tous, le délivrant de ses souffrances et de la maladie. Messieurs Zola, Daudet, Goncourt et Maupassant ont déjà été avertis de la triste nouvelle et font route vers ici.

— Que va-t-on devenir sans lui, questionne alors Monsieur Lheureux. Comment allons-nous nous exprimer ? Comment allons-nous même penser, vivre dans cette petite ville et dans cette histoire qu’il avait bâtie de toutes pièces ?

— Ca, Monsieur Lheureux, répond l’ecclésiastique, ce ne sera pas facile. Je crains fort que Madame Bovary ne vous rembourse jamais les huit mille francs qu’elle vous doit, par exemple.

— Et Charles, et Léon, et Binet, et Canivet ? demande Emma effrayée.

— A mon avis, ils vont vite devenir muets. Ils ne sauront plus quoi dire. Je me pose d’ailleurs la question moi-même.

— Quelle question ? interroge Emma.

Le prêtre se redresse et prend un air faussement sérieux.

— Comment pouvons-nous parler tous les trois ce matin ? Comment existons-nous encore puisque celui qui nous faisait vivre a été rappelé par le Seigneur ?

— C’est bien vrai ce que vous dites mon père répond Emma en plaçant sa main gantée devant sa bouche. D’où nous viennent donc ces paroles et ces pensées puisque Monsieur Flaubert n’est plus là pour nous les distiller ?

— Peut-être un reste de sa pensée pour nous. Nous avons été si importants pour lui, nous avons fait sa gloire. Mais je pense que prochainement, toute notre ville sera également réduite au silence éternel. Yonville et son histoire n’existeront bientôt plus que dans le livre qui porte votre nom, Madame Bovary.


Victime d’une soudaine congestion cérébrale, Gustave Flaubert s’éteint dans sa maison de Croisset en Seine Maritime le 8 mai 1880, laissant derrière lui une œuvre considérable.


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7 Mai 1824 – Le pouvoir de la musique

Petit souvenir personnel ce soir.

 

Nous sommes le 13 février 2011. La Chorale dans laquelle j’ai l’honneur de chanter est conviée, au Mémorial pour la Paix de Caen à la remise de la Médaille des Justes parmi les Nations à Andrée et Emile Prestavoine qui avaient hébergé chez eux Raymond Ganopolski, alors enfant.

La cérémonie est émouvante.

Nous chantons « le Chant des Partisans » en ouverture, puis « le Chant des Marais », universellement reconnu comme étant l’hymne des déportés.

La cérémonie se déroule ensuite selon le programme établi. Nous entendons les discours de chacun, puis les horreurs des camps de déportation nazis. Aucun détail ne nous est épargné. A la fin de ces discours, nous chantons « Nuit et Brouillard » de Jean Ferrat.

Le drapeau israélien est déployé à l’arrière de la salle.

Autant vous dire que l’ambiance est poignante.

La barbarie nazie est présente dans tous les esprits : les trains, les uniformes rayés des prisonniers, les chambres à gaz, les crématoires. La souffrance du peuple juif est également évidente.

A la fin des cérémonies, notre chef se présente devant nous et tend les bras. Le chef de cérémonie demande alors au public de bien vouloir se lever pour nous écouter chanter.

Et nous chantons « L’Hymne à la joie » de Beethoven.

En allemand.

Je me souviens encore de la sueur qui coulait dans mon dos.

Chanter en allemand après tout ce que nous avions entendu. N’était-ce pas déplacé ?

Non. J’ai remarqué quelques personnes dans le public qui pleuraient, des gens qui se donnaient la main, d’autres qui fredonnaient, lèvres mi-closes.

La musique, le chant, un hymne de paix et de réconciliation en quelque langue que ce soit, fédère les peuples et fait taire les haines et les rancœurs.

Beethoven et Schiller, tous deux allemands, tous deux réunis pour former une œuvre grandiose que nous avons eu l’honneur de chanter cet après-midi-là.

Je me souviens encore que je tremblais à la fin de l’interprétation.

Je me souviens encore du silence qui a suivi ce chant. Un silence qui duré au plus cinq secondes mais qui était pour moi le symbole de l’unité des peuples à travers la musique.

Cet après-midi du 13 février restera un grand moment dans ma mémoire de chanteur de chorale, certainement le plus émouvant que j’ai vécu jusqu’à maintenant.


Le 7 mai 1824, à l’Opéra de Vienne, était donnée la première mondiale de la Neuvième Symphonie de Beethoven, dirigée par le compositeur lui-même.


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6 Mai 2012 – 2017 – Cinq ans après, jour pour jour

Un bilan peu convaincant.

Pourtant la campagne de 2007 avait laissé entrevoir des ouvertures vers une stabilisation de la France, voire un rétablissement.  Mais la crise était passée par là et le gouvernement et le Chef de l’Etat n’avaient pas été à la hauteur de l’attente des Français.

Une présidence tout en demi-teinte qui avait paru, au début, prendre un envol vers des horizons meilleurs, mais la tête de l’Etat avait vite été prise dans des affaires juridico-financières qui avaient un peu pourri l’ambiance de la majorité.

Et la crise, surtout la crise !

Le pouvoir d’achat des Français avait baissé, le chômage, difficilement maîtrisé au début du quinquennat était reparti à la hausse et s’était à nouveau envolé vers des sommets rarement atteints. La dette n’avait cessé de grimper et la croissance n’était pas au rendez-vous.

L’image même du chef de l’Etat était mauvaise auprès de l’opinion publique et des médias et sa cote avait dégringolé dans les sondages. Son impopularité, en fin de mandat, était impressionnante. Jamais Président de la République n’avait été autant détesté, autant moqué, autant raillé.

Pourtant l’attente avait été forte et l’élection de 2007 avait suscité un enthousiasme rarement atteint dans la population. Paris avait vu, ce 6 mai 2007 des manifestations de joie qui avaient duré jusqu’au matin.  Les élections législatives suivantes avaient donné une forte majorité au nouveau Chef de l’Etat qui avait alors les mains libres pour appliquer la politique promise pendant la campagne.

L’opposition avait fait feu de tout bois, comme c’était son rôle. Chaque décision du gouvernement avait fait l’objet de remarques, de commentaires acerbes. Plusieurs fois ils avaient demandé la démission du Chef de l’Etat, considérant son incompétence et son incapacité notoire à gérer les affaires de l’Etat.

Depuis début 2011, la campagne pour le renouvellement du mandat avait commencé. Le Chef de l’Etat avait gardé longtemps secrète son éventuelle candidature à un nouveau mandat. Mais c’était un secret de Polichinelle. Tout le monde savait bien que sa volonté était de se représenter devant le suffrage des Français. Pourtant la partie n’était pas gagnée d’avance.

La campagne avait été sévère, tous les coups bas avaient été permis. Même les plus vils : les atteintes à la personne, les « on dit », les coups portés à la vie privée des candidats, tout y était passé.

Il y a deux semaines, à l’issue du premier tour de scrutin, le candidat de l’opposition pointait en tête avec une courte avance sur le candidat sortant.

La campagne d’entre deux tours avait été d’une haute volée. Chacun des deux candidats qualifiés pour le second tour s’était épuisé en meetings aux quatre coins de l’hexagone, déplaçant des foules immenses, pérorant des discours devant des salles enflammées et toutes acquises à leur cause.

Le débat télévisé avait été à la hauteur de ce qu’on en attendait : chacun avait marqué des points dans son domaine de prédilection. Le candidat de l’opposition avait tenté de pousser le Chef de l’Etat dans ses derniers retranchements et y était plutôt bien arrivé. Des petites phrases assassines, de longues tirades imbuvables, des signes d’énervement et d’agacement, tout y était, comme d’habitude.

Pour le Chef de l’Etat sortant, la date du dimanche 6 mai était un bon présage, puisque c’était, jour pour jour, la date de son élection lors de son premier mandat.

Et ce soir, à vingt heures, il n’y a pas eu de surprise. Le bilan de son quinquennat et sa mauvaise image auprès de l’opinion publique avaient été fatales au Chef de l’Etat.

A vingt heures quarante-cinq, Ségolène Royal, présidente sortante de la République Française reconnaissait la victoire de son adversaire Nicolas Sarkozy. La France basculait à droite. Restait à attendre les résultats des élections législatives pour savoir si les Français donnaient un blanc-seing à l’UMP toute puissante.


Le 6 mai 2012, François Hollande, candidat du parti socialiste était élu Président de la République française avec 51.64% des voix face au Président sortant Nicolas Sarkozy. Maintenant, reprenez la lecture de ce texte avec les vraies personnes, et vous verrez que ça marche aussi !!! Pour les quatre coins de l’hexagone, je l’ai fait exprès !!


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5 Mai 1992 – Furiani

« Maman, dis maman, je peux y aller quand même ?

Antoine, quatorze ans est assis sur le canapé, en face de sa mère. Depuis son retour du collège, ce mardi, il essaie, tant bien que mal de la convaincre de le laisser sortir le soir.

—  Tu plaisantes, Toine, tu as vu tes notes ? Tu crois que c’est drôle d’avoir été convoquée par ta prof de français ? Tu crois que c’est bon pour une mère d’entendre ce que j’ai entendu ? Fumiste, paresseux, trop sûr de lui, ne fait pas la moitié du travail demandé et fait l’autre moitié en dépit du bon sens ? Tu crois que je n’avais pas honte ? Tu passeras la soirée dans ta chambre.

Antoine baisse le nez, regarde le sol, laisse passer l’orage par un silence qu’il croit bénéfique, puis attaque à nouveau :

— Mais maman, c’est la demi-finale ce soir, je ne peux quand même pas rater ça !

— Ne change pas de sujet, Toine, je me fiche bien de cette demi-finale. Ça pourrait être la finale de la coupe du monde que ça ne changerait pas mon avis. Tu m’as fait la honte. Tu n’iras pas.

— Mais enfin, ils ont construit une belle tribune supplémentaire. Dix mille places de plus, tu te rends compte ? Et puis Do m’a pris une place. Juste en haut, on aura une vue d’enfer, on dominera tout le stade ! Je peux pas lui faire ce coup-là !

— Do, il arrivera à la revendre, ta place. Je ne me fais pas de soucis pour lui. Doué en affaires, comme son père… Il te racontera le match. Parce que toi, ce soir, c’est dans ta chambre. Tu auras tout l’occasion de rattraper ton retard en français, et dans les autres matières aussi d’ailleurs.

Antoine accuse le coup. Habituellement, elle se laisse amadouer. Plusieurs fois ils ont eu des accroches dans ce genre, plusieurs fois il a réussi à avoir le dernier mot. Mais la partie semble mal embarquée ce soir. Il va falloir jouer serré. Il prend sa respiration et se lance :

— Maman, excuse-moi pour le collège. Je te promets que je vais faire des efforts.

— J’accepte tes excuses, mais c’est un peu tard pour te réveiller, Toine. Moi je reste avec ta prof de français en travers de la gorge. Tes belles promesses, je n’y crois plus. Tu m’as trop souvent déçue.

— Je ferai la pelouse, je laverai la voiture, je sortirai les poubelles, je mettrai le couvert toute la semaine, je viderai le lave-vaisselle tous les jours. Maman, s’il te plait, c’est Marseille ce soir… Allez, Maman.

— Je note, je note, répond la mère. Je note tout ce que tu as promis et que tu es conscient de ne pas faire d’habitude. On verra pour le prochain match, mais pour l’instant, c’est non, no, niet, nein… Tu n’iras pas.

Antoine, cette fois-ci, sent que la partie est perdue. Jamais sa mère n’a été aussi « coriace ». Il faut dire aussi qu’elle a ses raisons. Au fond de lui, il sait bien qu’il ne fout rien au collège, que son attitude est déplorable, qu’il ne fait rien pour arranger les choses. Le foot, les copains, le baby au bistrot, la musique et les filles, là oui. Mais le collège… Pfff… Alors, se sentant perdu, Antoine propose une nouvelle alternative.

— M’man ?

— Oui.

Elle commence à être fatiguée de cette longue discussion. Elle a envie de passer à autre chose. Et puis elle se connaît. Elle sait que s’il continue, elle va finir par céder, comme les autres fois. Parce qu’elle n’aime pas les conflits, parce qu’elle n’aime pas faire mal, parce qu’au fond d’elle-même, elle l’aime, son Toine !

— OK, je monte dans ma chambre, je bosse et…

Antoine laisse flotter la fin de sa phrase.

— Et ???

— Et tu me laisses le regarder à la télé.

Négocier, toujours négocier, c’est fatigant à la longue.

— Fais ce que tu as promis, on verra après. File dans ta chambre.

Bon, aller au stade, il a compris, il a fait une croix dessus. Elle ne bougera pas, ne cèdera pas d’un pouce. C’est plié. Mais la demi-finale de la coupe de France est diffusée sur TF1. Quand même, ce sera moins bien que le stade, il n’y aura pas l’ambiance, les copains, la bière, les pieds que l’on tape en cadence sur le plancher de la belle tribune. Mais bon, la télé, ça reste un compromis acceptable quand même.

La soirée a été un rêve. Antoine n’a pas quitté sa chambre pendant deux bonnes heures. Puis il est descendu, a mis le couvert, sans rien oublier, ni le pain, ni le sel et le poivre. Le repas a été agréable. Pas de heurts, une discussion tranquille.

20 h15. Maman cède.

— Allez, finis de débarrasser la table et regarde-toi ton match. Moi, je vais aller lire.

Jamais table n’a été aussi rapidement nettoyée. Plus une miette, rien. A 20h20, Antoine est assis devant la télé branchée sur la une. C’est la fin du journal. Patrick Poivre d’Arvor termine son service, et juste avant de rendre l’antenne, donne la parole au duo infernal : Thierry Roland et Jean-Michel Larqué pour tester l’ambiance à Bastia à dix minutes du coup d’envoi. Les drapeaux bleus du FC Bastia flottent sur le stade Furiani. Ce soir, on va les mettre minables les marseillais !!

Soudain, alors que les journalistes parlent, un grand bruit résonne dans tout le stade. Les caméras, alors fixées sur les présentateurs, tournent vers la droite.

La tribune vient de s’effondrer dans un fracas de tôles.

Antoine n’en croit pas ses yeux. Le regard perdu, il n’arrive pas à quitter l’écran de télévision.

— La tribune, ma tribune… Merde, putain de merde… Ma tribune… J’aurais dû y être. Do ? Où es-tu ? »


Le mardi 5 mai 1992, à 20h20, la tribune nord ajoutée au stade Furiani de Bastia s’est effondrée sous le poids des spectateurs présents. On relèvera 18 morts et plus de 2400 blessés.


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