bouquinage,  * * * * *,  2026,  Edité,  Papier,  Historique,  Roman

La maison vide par Laurent Mauvignier

En 1976, mon père a rouvert la maison qu’il avait reçue de sa mère, restée fermée pendant vingt ans.
À l’intérieur : un piano, une commode au marbre ébréché, une Légion d’honneur, des photographies sur lesquelles un visage a été découpé aux ciseaux.
Une maison peuplée de récits, où se croisent deux guerres mondiales, la vie rurale de la première moitié du vingtième siècle, mais aussi Marguerite, ma grand-mère, sa mère Marie-Ernestine, la mère de celle-ci, et tous les hommes qui ont gravité autour d’elles.
Toutes et tous ont marqué la maison et ont été progressivement effacés. J’ai tenté de les ramener à la lumière pour comprendre ce qui a pu être leur histoire, et son ombre portée sur la nôtre.


Pour mon anniversaire, mes deux belles-soeurs et leurs maris m’ont offert deux livres: Les belles promesses de Pierre Lemaître et La maison vide de Laurent Mauvignier. J’avais suggéré le premier ; le second était une surprise.

Lecteur régulier et grand amateur de Pierre Lemaître, j’ai dévoré le premier. En quelques jours c’était réglé et je connaissais enfin la fin de l’histoire de la famille Pelletier.

C’est alors que j’ai attaqué le second. Et là, surprise ! Des phrases immenses – certaines font plus d’une page – , une histoire de commode ébréchée et de légion d’honneur perdue. Ca traine en longueur. Mon Dieu comment vais-je tenir 750 pages comme ça. D’autant qu’en feuilletant le livre, je ne trouve aucun dialogue, pas de guillemets, pas de tirets ni de retours-chariot. Rien que des paragraphes immenses, sans respiration. Je m’accroche, mais arrivé à la page 50, je n’en peux plus. Jamais je n’arriverai à lire ce pavé. Je reprends donc le Barman du Ritz que j’avais provisoirement laissé de côté et le termine rapidement.

C’est le hasard qui me fera reprendre la lecture de la maison vide. Abonné à Spotify pour écouter de la musique, je constate qu’il y a une rubrique Livres Audio. Je « scrolle » pour voir ce qu’il y a et je découvre « La maison vide » lu par Denis Podalydès. Je me lance donc dans l’écoute de mon livre et là… la voix de Podalydès, pourtant assez monocorde, me plonge dans l’histoire de Marie-Ernestine et de son piano. Et de son mariage. Et de sa vie complète. Je me passionne pour Marie-Ernestine. Je la plains du lieux que je peux. Marie-Ernestine est presque devenue ma propre grand-mère tellement mon empathie pour elle est immense !

Ces phrases qui paraissent interminables ont une vraie raison d’exister et je me laisse prendre par le rythme de la lecture.

Puis, au lieu d’écouter simplement et d’être uniquement auditeur de cette histoire, je reprends le livre et je suis la lecture en même temps que le sociétaire de la comédie française déroule sa lecture. Les longues phrases sont entrecoupées de silences, il pose lui-même les ponctuations qui n’existent pas. Ce qui me fait dire qu’il a dû travailler le livre en amont, et l’annoter avant d’en faire cette lecture si fluide. Un vrai professionnel. Un vrain talent.

Quelle belle histoire, quelle sensibilité ! Quelle belle écriture !

Enfin je pose mes écouteurs et reviens uniquement à la lecture. Ca y est, je suis prêt. Parce que j’ai compris !

Et ce livre est tout à fait magnifique. Parce qu’il nous embarque dans la vie de propriétaires terriens de la fin du XIX° siècle.

Parce qu’il nous montre la condition de la femme tout au long des siècles.

Parce qu’il met le doigt sur la première guerre mondiale, sur la vie des poilus et sur leur difficile retour à la terre après le conflit.

Parce que Marguerite, fille de Marie-Ernestine, est l’inverse complet de sa mère, d’où leurs conflits.

Parce qu’il met le doit sur la collaboration pendant la seconde guerre et sur la condition de la femme, encore, à cette époque.

Un livre plein d’émotions, de moments forts où les larmes peuvent monter tellement ce qui est écrit est puissant.

Et, signe que c’est un bon livre, je n’arrivais pas à le finir. J’ai passé quatre jours à lire l’épilogue, qui doit faire une quarantaine de pages, preuve que je ne voulais pas que ça se termine.

Merci à ma famille pour m’avoir offert ce livre, merci à son auteur pour l’avoir écrit. Et merci à Denis Podalydès pour avoir su me toucher dans sa lecture et m’avoir donné l’envie de le reprendre.

Comme quoi il ne faut pas hésiter à utiliser les outils nouveaux mis à notre disposition.

Sans Spotify, je ne l’aurais jamais repris et encore moins fini !

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